| lundi 26 juin 2006, a 11:15 |
| Fiche lecture : Nous n'avons jamais été moderne |
Titre de l'ouvrage : Nous n'avons jamais été moderne ( essai d'anthropologie symétrique )
Nom de l'auteur : Bruno Latour
Date de première parution : Paris, 1991
Edition utilisée : La découverte/Poche; 26. Sciences humaines et sociales
Date de lecture : Décembre 2002
Biographie
ßruno Latour, né à Beaune en 1947, après une agrégation de philosophie, s’est formé à l’anthropologie en Côte d’Ivoire. Très vite il s’est intéressé aux sciences et aux techniques. Son premier livre La vie de laboratoire (1979 pour la première édition anglaise; traduit en six langues) décrit le fonctionnement quotidien d’un laboratoire californien en utilisant des méthodes ethnographiques. Il a travaillé ensuite sur les liens entre la révolution de Pasteur et la société française du 19° siècle (Les Microbes Guerre et paix, 1984, traduit en quatre langues). De plus en plus intéressé par les multiples connections entre la sociologie, l’histoire et l’économie des techniques il a publié un livre de synthèse (La science en action, Poche, Folio, 1987 pour la première édition en anglais; traduit en neuf langues) et de nombreux articles sur l’innovation technique. Une étude de cas sur un métro automatique Aramis ou l’amour des techniques (Prix Roberval 1992, traduit en deux langues) lui a permis de résumer les recherches effectuées depuis de nombreuses années sur la dynamique des innovations et la philosophie des techniques qu'elle implique. Ses intérêts pour les questions de gestion et de d’organisation de la recherche qui l’ont amené à faire de nombreuses études en entreprises, vont de pair avec des travaux de philosophie comme Nous n’avons jamais été modernes-essai d’anthropologie symétrique (1991, traduit en seize langues) et de culture scientifique comme dans Petites leçons de sociologie des sciences (Point Poche, traduit en quatre langues). Il a publié, un travail de théorie sociologique à partir d'enquêtes photographiques; et Politiques de la nature-comment faire entrer les sciences en démocratie (traduit en trois langues) qui fait la synthèse des travaux sur la philosophie de l'environnement.Il enseigne depuis vingt ans dans des écoles d’ingénieur, le CNAM d’abord, puis l’Ecole des Mines où il a rejoint le prestigieux Centre de sociologie de l’innovation. Professeur à l’Ecole il est responsable du cours de "controverses scientifiques", du stage ouvrier et du doctorat "socio-économie de l’innovation". Il est également professeur à temps partiel à la London School of Economics et au département d'histoire des sciences de Harvard.
Introduction
-J'ai choisi ce texte de Bruno Latour en raison de différents critères qui m'étaient imposés : - je devais lire un texte qui présentait un caractère ethnologique, mais il était également important pour moi, que celui-ci établisse un pont entre les deux disciplines que je suis amené à étudier ( ethnologie et philosophie ). En effet, il revêtait un caractère transdisciplinaire.
- de plus, il devait me servir à l'élaboration de mon mémoire de maîtrise de philosophie et d'ethnologie qui traite du problème du totalitarisme dans notre société moderne selon Hannah Arendt. En consultant la bibliographie qui a servi à l'élaboration de ce livre de Bruno Latour, on peut remarquer la présence du livre d'Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem ( rapport sur la banalité du mal ).
Thème et problème traités
L'auteur démontre, dans cet ouvrage que ce qui fonde notre modernité, c'est-à-dire entre autre la séparation des sciences de la nature et de la culture est un leurre, puisque plus la connaissance scientifique avance, plus elle est contrainte à être mêlée à des objets sociaux. Notre société est condamnée à créer des objets hybrides. Latour s'attache à montrer comment la société apréhende ces objets. La séparation entre sciences et politique ne tient plus, la critique fondatrice de débat et garantissant notre modernité débouche sur une aporie ( contradiction sans issue ) : c'est en ce sens que nous n'avons jamais été modernes. Sciences et idées philosophiques, et même transcendance ont toujours été intimement liées. Bruno Latour nous propose, par un changement de paradigme de rmettre en cause notre monde pour mieux le comprendre. L'ouvrage se veut être une mise en lumière de ces oppositions qui ne tiennent plus et l'ouverture d'un champ de réflexion : comment peut-on aborder différemment les places de la nature et de la culture ( la science comme autorité et la politique comme parole publique ), dans notre société?
Plan de l'ouvrage
- La crise : la prolifération des hybrides
en renouant le noeud gordien
la crise de la critique
la miraculeuse année 1989
qu'est-ce qu'un moderne?
- Constitution : la constitution moderne
Boyle et ses objets
Hobbes et ses sujets
la médiation du laboratoire
le témoignage des non-humains
le double artifice du laboratoire et du Léviathan
représentation scientifique et représentation politique
les garanties constitutionnelles des modernes
la quatrième garantie : celle du Dieu barré
la puissance de la critique
l'invincibilité des modernes
ce que la Constitution éclaire et ce qu'elle obscurcie
la fin de la dénonciation
nous n'avons jamais été modernes
- Révolution : les modernes victimes de leur succés
le grand écart des philosophies modernisatrices
la fin des fins
les tournants sémiotiques
qui a oublié l'Être?
le début du temps qui passe
le miracle révolutionnaire
la fin du passé dépassé
triage des temps multiples
une contre-révolution copernicienne
des intermédiaires aux médiateurs
de la chose-en-soi à la mise en cause
onthologie à géométrie variable
lier les quatre répertoires modernes
- Relativisme : comment mettre fin à l'asymétrie?
le principe de symétrie
l'import-export des deux Grands Partages
l'anthrologie revient des tropiques
il n'y a pas de cultures
des différences de taille
le coup d'Archimède
relativisme absolu et relativisme relativiste
petites erreurs sur le désenchantement du monde
même un réseau long demeure local en tous points
le Léviathan est une pelote de réseaux
le goût des marges
ne pas rajouter de crimes à ceux déjà commis
les transcendances abondent
- Redistribution : l'impossible modernisation
examens de passage
l'humanisme redistribué
la constitution non moderne
le Parlement des choses
- Bibliographie
Les concepts clefs
La modernité désigne à la fois une époque, une civilisation et une conception de l'humanité indiscociable de notre culture et de notre philosophie européenne.Elle est fondée sur une ambiguité : la séparaion de la science et des idées ( constitution de la structure des droits de l'homme qui gérent notre vie en société ).
La post-modernité est plus un état d'esprit qu' un fait de civilisation. Le trait central en est sans doute le constat d'une crise du sens procédant d'une désillusion généralisée à l'égard des idéaux humanistes de la modernité. Scepticisme et relativisme ( voire nihilisme ) en sont les conséquences naturelles. Les pères de la post-modernité sont sans doute Nietzsche ( constat de la "mort de Dieu" ), Heidegger ( critique de la technique ), Habermas ( critique de la rationalité moderne ) et Wittgenstein ( critique du langage philosophique ).
Le relativisme est une doctrine qui nie l'existence d'une vérité absolue ( elle est propre à chaque individu ) ou la possibilité pour l'esprit de la connaître. En ethnomogie et sociologie, c'est une doctrine qui insiste sur la différence de culture et de valeurs des sociétés et qui combat la tendance à juger des autres systèmes sociaux en vertu du nôtre ( ethnocentrisme ) et prône la tolérance. En ce sens, le relativisme refuse l'idée qu'il puisse y avoir des valeurs universelles.
Les hybrides, pour Bruno Latour, sont des objets ou quasi-objets inclassables, faisant appel à la fois à la science, à la nature et au discours humain. Ce sont des objets sociaux liés à la technique.
Intèrêt du texte
Ce texte nous propose de repenser notre conception de la modernité qui, d'aprés Bruno Latour est complètement faussée puisque la séparation des différents champs disciplinaires qui caractérisent notre modernité n'a jamais existé.Nous sommes entourés d'objets qui font appel à la fois, à la science, à la nature et au concept de transcendance ( idée de Dieu ). Ce texte relativise la place de l'homme dans le monde, qui se croyait tout puissant face à la nature ( concept de la volonté de puissance chez Nietzche ). Il nous appelle à nous interroger sur les méthodes qui nous aident à apréhender le monde qui nous entoure, et nous invite incontestablement au dialogue dans la société et entre les disciplines ( transdisciplinarité ou à défaut interdisciplinarité ).
Les questions fondamentales posées dans cet ouvrage sont : - Pourquoi avons-nous fait fausse route dans notre façon de penser le monde?
- Comment dépasser la modernité ou y entrer?
Passage du texte traitant de l'impasse créée par la modernité ( extrait de la page 80 )
"Les pré-postmodernes...... annulent alors le projet moderne, tout en prétendant le sauver, puisqu'ils suivent la moitié de la constitution qui parle de la pureté mais ignorent l'autre moitié qui ne pratique que l'hybridation. Ils s'imaginent qu'il n'y a pas, qu'il ne doit pas y avoir de médiateurs. Du côté des sujets, ils inventent la parole, l'herméneutique, le sens, et laissent le monde des choses dériver lentement dans son néant. De l'autre côté du miroir, bien sûr, les scientistes et les technocrates ont l'attitude symétrique."
Ce passage montre bien que chacun voit un revers de la médaille et que, par conséquent, scientifiques et politiques sont borgnes. Ceci peut entraîner de graves dommages pour l'humanité et notre planète, car "au royaume des aveugles, les borgnes sont roi", mais lorsque le borgne sera appelé à réintégrer le monde de ceux qui ont une bonne vision des choses, cela pourrait changer notre conception du monde.
Stéphane De Bona
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| Présentation |  De Bona Stéphane
Je suis Auteur Essayiste. Handicapé infirme moteur cérébral depuis la naissance, je ne devais pas être capable de faire des études. Pourtant, à force de volonté, j’ai réussi à passer mon bac en administration (STT aca) et fait un essai infructueux en psychologie. Je me suis alors tourné vers la philosophie : c’était la matière que j’avais choisie en option. Instituée par la réforme Universitaire de François Bayrou pour la première année de DEUG, cet amendement m’a permis de trouver ma voie. Ma nouvelle passion et la bonne ambiance de travail amical m’ont amené à obtenir mon DEUG de philosophie assez facilement. D’autre part, le mouvement associatif en philosophie a créé des liens entre les étudiants et les professeurs qui nous ont poussés, par la suite, à nous battre pour l’ouverture d’un second cycle. Notre petit groupe soudé a du faire un détour, pendant un an, en ethnologie avec une option philosophie, en attendant avec impatience de retrouver nos premières amours. Ce petit éloignement n’a pas été dépourvu d’intérêt : il nous a fait découvrir une discipline complémentaire de la philosophie. Je suis aujourd'hui, titulaire de deux maîtrises : une en philosophie et l'autre en ethnologie (étude des rites et coutumes des différents peuples de la planète ou d'une région). Je suis également à l'origine de la création de la revue de philosophie de METZ "Le Jardin". J'aime la politique et la finance. Je souhaite faire de mon blog, un lieu de débat. Il a pour but d'ouvrir plusieurs pistes de réflexions sur des questions publiques qui engagent l'avenir de la société Française et Européenne. Je donnerai également chaque dimanche des conseils boursiers qui, j'espère, seront "des coups de génie".
Et cela peut rapporter GROS !
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