| jeudi 17 août 2006, a 21:43 |
| Le grand chantier du handicap ! |
De nombreux lecteurs ont trouvé étonnant que je ne parle pas plus de ma condition de personne handicapée. Certains m’ont reproché mon manque d’engagement pour une cause qui me touche personnellement, se demandant même si j’avais honte de mon handicap. C’est pour cela que j’ai décidé de vous faire part de mon sentiment, bien que ce site n’ait pas pour vocation de traiter de sujets personnels mais au contraire, d’être une tribune de société voulant prendre du recul sur des situations globales intéressant la majorité des populations de la planète. Mais puisqu’on me demande de parler de moi, au risque de développer mon côté narcissique, allons-y.
Créer une autre perception du handicap.
Depuis mon plus jeune âge, comme un certain nombre de mes compagnons, j’ai été confronté à l’intolérance et à la non reconnaissance de mes facultés intellectuelles. Une personne handicapée est considérée comme un poids pour la société, dénuée de capacité de production. Lorsqu’en 2002 Jacques Chirac indique que l’un des trois grands chantiers de son quinquennat sera le handicap, bon nombre d’entre nous pensaient que notre situation allait nettement s’améliorer et que les pouvoirs publics ainsi que les entreprises se rendraient compte que nous pouvions être productifs et que nous avions également une forte aptitude à créer une cohésion sociale autour de nous. La plupart des personnes handicapées qui ne sont pas placées en centre sont amenées à avoir un réseau d’amis ou de connaissances pour les aider à effectuer les tâches physiques du quotidien difficiles à réaliser en toute indépendance. En dehors de cela, nous sommes tout à fait capables de créer des plans d’action ou d’inventer des outils de substitution pour gérer notre vie. En cette période de changement climatique, j’étais persuadé que le gouvernement allait s’appuyer sur nos capacités inventives et d’adaptation en milieu hostile pour les aider à mettre en œuvre une politique de développement durable et de cohésion sociale. Mais, une fois de plus, les politiques ont choisi de faire des personnes invalides, des assistés et non des acteurs. La seule mesure concrète a été de développer une dynamique de services à même de garder les personnes dépendantes dans leur domicile et de créer des emplois d’assistance, mais aucune mesure ne met les individus handicapés en situation d’acteur.
Une autre réforme sortie du chapeau du gouvernement a été d’étendre le cotât de 6% de salariés handicapés dans les entreprises à la fonction publique. Ces cotâts n’étant pas respectés, puisque les entreprises préfèrent payer des amendes plutôt que d’embaucher, l’état aurait du rendre obligatoire l’adaptation de 6% des postes pour les gens à mobilité réduite. Aujourd’hui, la plupart des postes pourvus par des invalides sont des places tenues par des personnes diminuées psychiquement. Ceci renforce les inégalités dans la population en donnant un degré supplémentaire dans la discrimination et, cette fois ci, entre personnes handicapées elles-mêmes. Cette société, au lieu d’intégrer et de rendre le handicap invisible, ou même d’en extraire sa force, préfère garder son caractère de communauté marginale. Et toute communauté non reconnue est à même de faire se développer l’intolérance et l’extrémisme par sa seule méconnaissance du public. Pour la plupart des gens, l’inconnu fait peur et il est source de désagrément.
Pour ma part, j’ai toujours vécu mon handicap comme une chance, étant soutenu par plusieurs membres de ma famille. Il m’a permis d’être curieux et de vouloir comprendre le monde qui m’entoure en voyageant et en intégrant différentes couches de la société, ce qui me fait dire que tout homme, quel qu’il soit, n’est pas supérieur à l’autre, et que le racisme et l’exclusion qui règne en ce moment n’a aucun fondement. Chacun peut apporter sa pierre dans la mesure de ses possibilités. Nous avons tous des dons connus ou inconnus : il faut juste savoir les reconnaître.
De Bona Stéphane
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