| mardi 05 décembre 2006, a 17:46 |
| Polémique autour du visage d’Isabelle Dinoire |
Voilà un an que la première greffe partielle du visage sur une patiente ayant été mordue par son chien, a été réalisée. Je tiens tout de même à rappeler que l’animal ne fait pas parti de la catégorie des chiens dits dangereux, mais qu’il a tout simplement sauvé la vie de sa maîtresse qui avait fait une tentative de suicide par absorption de médicaments, en la tenant éveillée jusqu’à l’arrivée des secours.
La photo en question
Les premières photos d’Isabelle Dinoire ont provoqué une polémique sur la réalité du cliché de son visage un an après l’intervention. Les professeurs Jean-Michel Dubernard et Bernard Devauchelle avaient pourtant choisi la discrétion avec la patiente, après l’unique interview réalisée lors de sa sortie de l’hôpital. Les chirurgiens indiquèrent que leur patiente désirait garder un relatif anonymat, préservant ainsi l’identité de la donneuse et lui permettant de retrouver une vie semblable à celle qu’elle avait auparavant. Cette première mondiale fut pourtant polluée par l’attitude de plusieurs journaux britanniques. Le professeur Dubernard expliquait alors : « Il est inadmissible que le Sunday Times ait pu publier des informations confidentielles. Des journalistes, sans aucun sens de l’éthique ont publié des nouvelles totalement fausses concernant la donneuse, allant jusqu’à révéler son nom et les circonstances de sa mort ». Le chirurgien lyonnais a décidé, à la suite de cet événement, que les futures photos d’Isabelle Dinoire ne passeraient dorénavant que par une seule société privée et que l’argent reviendrait en totalité à la patiente, une fois ses frais d’agence déduits. Mais voilà que cette société privée aurait retouché les derniers clichés à l’aide d’un outil informatique (Photoshop) pour des raisons de contrastes et d’ombres. Cette nouvelle affecte quelque peu la crédibilité du nouveau visage de la patiente. Quoiqu’il en soit, cette greffe reste un succès et peut redonner espoir à de nombreuses « gueules cassées » après des accidents de la vie. Mais une autre interrogation se pose : que fait-on de l’intégrité corporelle d’un défunt ?
Ethique autour de la mort
Aujourd’hui, la société occidentale porte plus d’intérêt à la question du vivant qu’à celle de la mort. Pourtant, la finitude de l’homme est une réalité. On peut légitimement penser que la plupart des maux qui frappent notre société comme par exemple : la violence ou le non-respect de l’autre, proviennent du fait que l’homme, depuis sa plus tendre enfance, se sent invincible et donc probablement immortel. En effet, les rites funéraires tendent à être oubliés ou à disparaître. Ce fait amène l’homme à ne plus réfléchir à sa propre mort, et à l’appréhender comme une chose abstraite qui ne le touchera jamais personnellement. Penser la mort, c’est penser la mort de l’autre. La phrase de Socrate n’aura jamais été autant d’actualité : « Philosopher, c’est apprendre à mourir ».
A partir de cet instant, le corps d’un défunt n’a plus aucune valeur. Mais, comment alors réaliser un deuil, qu’il soit d’une personne ou d’une situation qui est nécessaire à l’équilibre psychique de la personne ? La résistance au don d’organes est certainement due à la peur d’un prélèvement sur un donneur dont la mort ne serait pas avérée, plutôt qu’à une atteinte à l’intégrité du corps. Dans ce cas, la solution au don d’organes viendra peut-être dans quelques années de la thérapie génique ou cellulaire, à même d’apporter des souches saines du patient pour soigner la partie du corps défectueuse. Les questions éthiques doivent probablement se poser à partir de ces constats et non sur la validité d’un cliché à propos d’une greffe qui, de toute façon, une fois l’opération réalisée aura changé à jamais la vie de la patiente.
Stéphane De Bona
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