Michel Rocard se prononce pour un accord entre Ségolène Royal et François Bayrou avant le premier tour de l'élection présidentielle pour "battre la coalition de Nicolas Sarkozy et Jean-Marie Le Pen", une proposition rejetée par plusieurs responsables socialistes.
Ségolène Royal a en revanche éludé les questions sur ce sujet, affirmant qu'elle préférait s'occuper des "vrais problèmes des Français" comme la précarité, le chômage, le pouvoir d'achat, la santé ou les petites retraites.
"Si Nicolas Sarkozy est élu dans quelques semaines, nous n'aurons aucune excuse. L'UMP gagnera les élections législatives qui suivront ; et pendant cinq ans, la France va souffrir", écrit l'ancien Premier ministre PS dans Le Monde daté de samedi.
"J'appelle donc François Bayrou et Ségolène Royal, avant le premier tour, à s'exprimer devant les Français pour s'engager dans la voie de cette alliance", ajoute-t-il.
Pierre Moscovici, proche de l'ancien chef du gouvernement et de Dominique Strauss-Kahn, a jugé cette proposition prématurée.
"Ce n'est pas aujourd'hui qu'il faut parler de ces choses-là (...) nous ne sommes pas dans une alliance, nous sommes dans un combat", a déclaré l'ancien ministre délégué aux Affaires européennes, en tournée avec Ségolène Royal à Belfort.
"Ça ne me parait pas avoir un grand sens (...) une alliance avant le premier tour ça a un nom, c'est une candidature commune", ajoute-t-il.
Lors du point de presse du PS, Jack Lang a estimé qu'une telle alliance "serait absurde". "On ne peut pas concilier l'inconciliable", a expliqué le conseiller de Ségolène Royal.
"Le programme économique, politique, de Ségolène Royal comporte une logique, une cohérence, une force, il n'a, sur pratiquement aucun point, de parenté avec le programme de l'UMP et le programme de l'UDF qui est un programme de droite", a-t-il expliqué.
ALLIANCE "SINCÈRE ET CONSTRUCTIVE"
Appelant de ses voeux "une alliance sincère et constructive" entre le candidat centriste et sa rivale socialiste, Michel Rocard ne précise pas quelle forme pourrait prendre un tel accord électoral.
Mais il estime que les deux candidats peuvent se rejoindre sur les questions fondamentales.
"Socialiste et européen depuis toujours, j'affirme que sur les urgences d'aujourd'hui rien d'essentiel ne sépare plus en France les sociaux-démocrates et les démocrates-sociaux, c'est-à-dire les socialistes et les centristes".
"Isolés, ni eux, ni nous, n'avons aucune chance de battre la coalition de Nicolas Sarkozy et Jean-Marie Le Pen", affirme le député européen. "Mais rassemblés avec les Verts, la gauche social-démocrate et le centre démocrate-social constituent une majorité dans le pays", assure-t-il.
"Ce que je pense, et je suis pas seul - je pense que la France entière pense ça - c'est quelle aurait du mal à gagner toute seule le second tour", a-t-il expliqué sur France 2.
"Faisons attention que la compétition du premier tour ne fasse pas de fracture irréparable qui empêcherait la réconciliation au second", a-t-il ajouté.
La prise de position de Michel Rocard n'aura "pas d'effet créateur, mais peut avoir des effets pervers. Ce qui est vrai, en revanche, c'est qu'il faudra bien que les électeurs de François Bayrou se décident pour Ségolène Royal au deuxième tour", a déclaré Pierre Moscovici.
Ce dernier a rappelé que la candidate socialiste souhaite, au second tour, une coalition "la plus large possible", avant de conclure: "Rien n'est écrit, rien n'est exclu".
Dominique Voynet, candidate des Verts, a déclaré sur France 2 qu'"il est hors de question de négocier quoi que ce soit avant les résultats du premier tour".
"Michel Rocard aurait dû en rester à son rapport sur l'économie numérique. Certes, il change de thème mais on est toujours dans le domaine du virtuel", a déclaré à Reuters Razzye Hammadi, président du Mouvement des jeunes socialistes (MJS), en référence au rapport remis par l'ancien Premier ministre à la candidate socialiste.
Un accord entre le leader centriste et la candidate socialiste aurait sans doute pour intérêt de rassembler les français autour de l’idée d’une nouvelle alliance de majorité pour les législatives à venir. Elle aurait pour but de fermer la porte aux idées communautaristes néfastes pour la France et de reconstruire du lien social entre les français sur des idées simples. Cette alliance est pour moi la seule possible, pour faire reculer les thèses du Front National et les idées extrémistes de Nicolas Sarkozy.
Stéphane De Bona
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