La société occidentale a
vu évoluer les techniques médicales au cours des siècles. Nous sommes passés du
médecin philosophe au médecin technicien.
1.
Le médecin philosophe
Il est important de
rappeler que le serment d'Hippocrate découle de l'œuvre d'un philosophe du même
nom qui pratiquait la médecine. Par conséquent, l'acte de soigner est d'abord
un art. Il doit être appréhendé avec sensibilité, autant de la part du médecin
que du patient. Il demande du temps, de l'écoute et de la sympathie (de
l'empathie pour le psychologue ou le psychiatre). On ne peut pas réduire
l'homme à une machine comme le croyait Aristote dans « la métaphysique ». Chaque être réagit à des traitements en
fonction de sa culture, de sa sensibilité, de sa volonté et de sa résistance
aux poisons ingérés.Je le tiens à
vous rappeler ici que dans l'Antiquité le médecin était avant tout le maître du
poison, d'où l'emblème de sa profession le caducée reprenant le serpent. Notre
modernité a profondément oublié cet aspect des choses pour des besoins de
rentabilité liée à la rémunération de l'acte. Pourtant, si l'on lit le serment
d'Hippocrate, il ne peut être écarté.
2.
Le médecin expert
De nos jours, le médecin
occidental est devenu un expert en application de protocole, son art est devenu
tellement technique qui doit connaître toutes les ressources scientifiques du
moment. Le courant cognitiviste et la génétique sont entrain de faire renaître le
mécanisme d'Aristote. Le patient lui aussi est devenu un expert en pathologie :
«
il ne dit plus j'ai mal, il localise la
douleur, et parfois même fait des recommandations aux médecins sur le type
d'examen qu'il doit prescrire ». Nous arrivons peu à peu à une
médecine sans corps ni âme. Face à un patient d'une autre ethnie, le médecin
expert se trouve alors désarmé. Il se trouve dans une situation déroutante car
le patient est incapable de verbaliser avec les mêmes codes sa douleur. Ce
qu'il présente comme du charlatanisme ou une médecine archaïque s'avère être
efficace pour ce type de patient.
Le médecin expert doit
faire preuve dans ces situations de créativité, il doit inventer de nouveaux
protocoles d'intervention en fonction du patient. Il doit prendre en compte la
situation sociale de l'individu, ses croyances et son seuil d'adaptation dans
notre société. Un protocole de soin n'est pas immuable il peut être et doit
être adapté.
3.
Le
geste de soin « le chamanisme médecin »
3.1 Le chamanisme
Le terme « chamanisme », apparaît au XVIIIe siècle. Il est
forgé sur le mot « chamane emprunté au Toungouses de Sibérie, qui désigne ainsi
leur spécialiste religieux. À la fois prêtre, sorcier, magicien et divin, le
chamane remplit le rôle d'intermédiaire entre les hommes et les esprits. Il
entretient une relation privilégiée avec la nature et les animaux sauvages dont
ils portent souvent des emblèmes sur son costume. Le plus souvent, les
interprétations des pratiques magico-religieuses dites chamaniques que l'on
retrouve partout dans le monde sont élaborés à partir d'une description du
personnage qu'il met en œuvre. Il résulte de cette démarche que les définitions
du chamanisme ont été infléchies en fonction des traits retenus pour décrire les
actes du chamane.
Les psychologues et psychiatres ne considèrent plus le
chamanisme comme une névrose. C'est devenu aujourd'hui, une forme de médecine
primitive. Claude Lévi-Strauss assimile chamanisme à une forme de magie
positive ou négative suivant les cas mais sa pratique n'est plus à mettre en
doute tant son efficacité est visible (cf. «
anthropologie structurale 1, le sorcier et sa magie » pages 200 à 234, éditions
Pocket et Plon, 1974).
Marcel Mauss définit le chamanisme et la magie en ces termes
: « Les rites magiques et la magie toute
entière sont en premier lieu, des faits de tradition. Des actes à l'efficacité
desquels tout un groupe ne croit pas ne sont pas magiques. La forme des rites
est éminemment transmissible et elle est sanctionnée par l'opinion ».
3.2 Pouvoir symbolique et activités du chamane
« Des différentes
activités du chamane, celle de guérisseur a été le plus souvent retenue. La
maladie une personne peut être attribuée soit à l'introduction dans son corps
d'une substance étrangère que le chamane doit extraire, souvent par succion,
doit au contraire au départ de son âme. Dans ce second cas, on pense que l'âme
elle-même quittait le corps de son propriétaire, par exemple à la suite d'une
forte émotion, auquel a été volé par un esprit mécontent. L'absence prolongée
de l'âme entraînerait la mort du malade. Le rôle du chamane consiste à voyager
dans le monde des esprits, à y chercher l'âme et à la rapporter à son
propriétaire. Dans cette aventure
incertaine, le chamane est aidé par des auxiliaires pour affronter les
esprits dangereux. La transe, qui comporte deux phases, manifestent l'essentiel
de cette action : une gesticulation violente, des bonds impressionnants, un
comportement sauvage témoigne d'abord de la rend compte du chamane avec les
esprits qu'il a convoqués ; cette furie est ensuite brusquement interrompue par
la chute du chamane effondré sur le sol, et comme inanimé, son immobilité
signalant un séjour dans le monde des esprits. À son réveil, le chamane raconte
les péripéties de son voyage dans l'autre monde, qui pourrait être imaginaire
n'en est pas moins très précisément décrit, voire géographiquement localisé. Ce
pouvoir de voyager dans d'autres mondes montre toujours le chamane au départ du
commerce avec les esprits qu'il convoque au début de la séance. Le critère du «
voyage » distingue ici la transe du chamane de celle du possédé relégué, par
contraste au rôle passif de « monture des dieux ».
L'accent mis sur la fonction thérapeutique de la définition
du chamanisme relève d'un ensemble d'interprétations d'ordre psychopathologique
apparaît au XIXe siècle, sur lesquels se sont greffées par la suite les
perspectives psychanalytiques. Constatant que des groupes traditionnels doivent
leur intégrité psychique au chamane, surtout dans des situations de crise, la
psychologie est tentée de voir dans ce personnage un homme menacé par la folie
lors de sa maladie initiatique, mais d'autant plus à même de guérir les autres
qu'il a pu lui-même surmonter sa crise (Shirokogoroff 1935). Le chamanisme
servirait alors à réparer les désordres là où les religions imposeraient un
ordre. Le chamanisme se présente encore comme un système unique de pensée, où
les hommes demandent à leur chamane moins de guérir que d'affaiblir leurs
adversaires ». Le chamane libère le plus souvent la tribu ou une famille
du mauvais sort, qui peut être jeté par une famille ou un sorcier concurrent
par le procédé de la magie noire.
3.3 Le chamane « un botaniste »
La position du chamane n'est pas acquise à la naissance. On
ne n'est pas un chamane on ne le devient. Le futur chamane sera initié par ses
pairs. Il apprendra les principes symboliques de sa médecine ainsi que la
botanique. Il utilisera les plantes à sa disposition pour guérir ou rentrer en
transe selon les besoins de sa pratique médicale. Il participera aux
cueillettes afin de repérer les plantes aux vertus médicinales. Exemple la
combinaison de Tétrahydrocannabinol et l'ingestion de fruits secs (amendes,
pistaches, noisettes...) agit sur les lésions nerveuses. Le Henné sert à
cautériser les plaies ainsi qu'à la teinture des cheveux...
L'indigo est une matière antiseptique.
Le curare est utilisé pour leur chirurgie lors de
l'anesthésie car il a la propriété de relaxer les muscles.
Comment peut-on alors mêler ces deux types de pensée ?
Nous devons au préalable
démêlé, ce qui semble être un mauvais sort, liée aux croyances du patient de la
pathologie constatée. Les réactions de mise à l'écart, et parfois même de
privation de nourriture, sont considérées comme des maltraitances dans notre
société, mais peuvent traduire des phénomènes de désenvoûtement ou de
protection de la famille.
Il se peut que le
handicap soit vécu comme un mauvais sort. Dans ce cas pour les familles
d'Afrique subsaharienne je vous conseille de vous appuyer sur les rites de mise
en place du corps à la naissance. La mère masse triture malaxe le nouveau-né
pour mettre en place ces organes malmenés durant l'accouchement et lui donner
de la force pour toute sa vie. Appuyez-vous sur le toucher qui est très
important dans cette partie du monde, si la famille n'est pas de confession
musulmane.
Stéphane De Bona |