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lundi 12 juin 2006, a 23:41
Le Front Populaire (1936-2006) : 70 Ans déjà !
 

  Le Front Populaire

 

 

Introduction :

 

            On baptise parfois Front Populaire tout accord conclu entre socialistes et communistes. Historiquement, cette dénomination est défectueuse : le Front Populaire associait aux socialistes et aux communistes des socialistes indépendants et des radicaux. Il n’était pas seulement un accord entre partis ; de grandes associations y avaient adhéré ; elles possédaient la majorité au Comité directeur où elles étaient susceptibles sinon d’arbitrer, tout au moins d’apaiser les différends. Le Front Populaire de 1935-38 a donc été sensiblement plus vaste qu’un accord entre socialistes et communistes auquel s’applique mieux l’expression de front unique.

 

 

I  LES ORIGINES DU FRONT POPULAIRE

 

Le front Populaire est né de la crise économique de 1929 et de ses conséquences sociales et politiques.

 

1)      La crise économique

 

La France était entrée par étapes dans la grande dépression économique. Cependant, elle fut le dernier grand pays industriel à être touché en profondeur puisqu’elle ne ressentit les premiers effets sérieux de la crise qu’en 1931. C’est le reflux de la dévaluation qui enfonça la France dans la crise. Les mesures que les gouvernements successifs mirent en œuvre pour arrêter la crise s’avérèrent tout à fait inéfficaces, parfois nuisibles, souvent dérisoires.

 

Quelle politique adopter ?

 

De l’extrême gauche à l’extrême droite, l’opinion et les milieux parlementaires sont unanimes pour refuser une dévaluation et une amputation du pouvoir d'achat de la monnaie. C'est à partir du gouvernement Doumergue (février novembre 1934) et surtout avec le gouvernement Laval (juin 1935-janvier 1936) que se trouve systématiquement appliquée une politique de déflation: elle consiste à provoquer une baisse des prix en réduisant brutalement la masse monétaire. Les résultats de cette politique, à partir de l'été 1935, ont eu une reprise phénoménale. Elle était due à la conjoncture internationale, aux mauvaises récoltes de l'année, mais surtout à l'émission de bons du Trésor pour un montant de 5 milliards, soit 10 % du budget des dépenses de l'Etat. En fait, cette émission a jouée un rôle inflationniste, c'est-à-dire tout le contraire de la politique de déflation.

 

2) La crise sociale

 

Quels furent les groupes sociaux les plus atteints par la crise?

 

D'abord les chômeurs puis les exploitants agricoles qui se repliaient sur l'autoconsommation, comprimaient leur rémunération et produisirent même à perte en 1934-35, de même les commerçants et les chefs des P.M.E. industrielles, plus tardivement les fonctionnaires.

 

La crise de l'emploi entretenait chez la plupart des ouvriers l'angoisse du licenciement. Dans certaines branches, comme précisément dans l'industrie automobile, la précarité de l'emploi était aggravée par la fluctuation saisonnière des commandes. De là en découle la quasi-répulsion de la classe ouvrière envers les grèves et les syndicats.

 

En 1934 sur 12 millions de salariés

la C.G.T. ne comptait que 490 000 adhérents

 

 

Ainsi le nombre de chômeurs déclarés:

 

-en 1931 était de 453 000

 

-en 1936 est passé à 864 000

soit 4,3 % de la population active.

 

 

3) La crise politique

 

Elle était du à l'incapacité des classes dirigeantes de maîtriser les problèmes de l'heure. Les élections de 1932 avaient envoyé à la Chambre une majorité de "cartelliste" c'est-à-dire d'alliance entre les radicaux et les socialistes, mais les deux partis divergeaient sur beaucoup de grandes questions. L'impuissance de pratiquer une politique purement radicale, celle de la déflation budgétaire nourrissait un antiparlementarisme croissant et l'agitation des ligues qui réclamaient un pouvoir fort comme les Jeunesses patriotes ou les Francistes. En janvier 1934, l'affaire Stavisky catalysa le mécontement. Cet escroc financier lié aux milieux politiques a été découvert mort le 27 janvier 1934, le gouvernement Chautemps démissionne accuser d’avoir voulu étouffer l’affaire.

 

Le 6 février, à l'appel des ligues, des milliers de manifestants marchent sur la Chambre des Députés. Le bilan des affrontements entre les manifestants et les forces de l'ordre a été de 17 morts et de plus de 2 300 blessés. A gauche, de façon quasi unanime, on considéra le 6 février comme une tentative de prise du pouvoir par des groupes fascistes. Et on était décidé à réagir contre ces ligues qui avaient poussé à la démission (le 7 février) un Président du Conseil qui venait d'obtenir une large majorité à la Chambre.

 

II LA CONSTITUTION DU FRONT POPULAIRE

 

Au lendemain de la grande manifestation du 14 juillet 1935, le Comité national du Rassemblement populaire décida à l'unanimité de se maintenir et de poursuivre en commun la lutte pour les objectifs définis dans le serment prêté ce jour-là. Il convenait de doter le Rassemblement, d'abord d'un règlement intérieur et de structures internes, ensuite d'un programme qui permettrait aux différentes organisations adhérentes d'offrir aux électeurs un ensemble de mesures qu’elles appliqueraient au gouvernement en cas de victoire.

 

1) Les structures du Rassemblement populaire

 

Dès avant le 14 juillet 1935, le Rassemblement populaire avait reçu l'adhésion d'une cinquantaine d'organisations; au début de 1936, il en dénombrait 98. Tous les mouvements importants qui faisaient partie du paysage politico-culturel de la gauche avaient donné leur adhésion. Comme on ne pouvait accorder le même poids à tous les groupements, il fut décidé que le Comité d'Organisation, nouveau nom du Comité national de Rassemblement populaire, serait dirigé, comme avant le 14 juillet 1935, par les représentants des 10 grands partis et mouvements signataires de l'appel. Le 10 Janvier fut adopté le programme de Rassemblement.

 

2) Le programme du Rassemblement populaire.

 

Publié le 12 janvier 1936, ce programme est le premier document 'de ce type élaboré par tous les partis et groupements de gauche depuis l'origine de la République. Un long préambule définit ses grandes orientations (liberté, paix, lutte contre la crise, "solutions de justice") ; il souligne que "ce programme est volontairement limité aux mesures immédiatement applicables", que chaque parti ou organisation adhérente n'abdique rien" de sa doctrine, de ses principes et de ses fins particulières" et il lance un appel "aux masses populaires" pour soutenir et faire triompher les revendications annoncées.

 

Le programme du Rassemblement n'était pas un programme de gouvernement, mais un texte qui fixait de grandes orientations. Ainsi, Léon Blum, chef de la CGT ne s'attendait pas à voir son parti accéder à la direction du Gouvernement.

 

3) La campagne électorale

 

Avant même que ne s'ouvrit la campagne électorale un grave incident survint, qui aurait pu tourner à la tragédie. Le 13 mars, Léon Blum, le leader socialiste, fut sérieusement blessé par les militants de l'Action Française. C'est pourquoi, la gauche a été conduit par l'émotion populaire à organiser le 16 mars, un grand cortège de protestations.

 

Sur le plan purement politique, les forces de droite durcissaient leurs positions malgré les nombreux échecs dont elle était responsable. Parmi les forces résolument hostiles au Rassemblement populaire se rangeait l'Eglise Catholique qui annonçait qu'il ne pouvait y avoir un "socialisme chrétien".

 

III L' ARRIVEE DU FRONT POPULAIRE

 

1) Le succès du Front Populaire

 

Le climat tendu, suite à la manifestation du 6 février 1934, est propice à l'arrivée au pouvoir de la coalition de gauche "le Front Populaire". Il est formé de la SFIO (parti socialiste d'aujourd'hui), des radicaux et du parti communiste .Ils sont élus aux élections législatives de mai 1936, en fondant leur campagne sur un programme modéré résumé par ces trois mots: "Pain, Paix, et Liberté". Léon Blum forme le Gouvernement composé de socialistes et de radicaux et soutenu par les communistes qui n'y participent pas.

 

Au lendemain des élections, le Gouvernement est déjà obligé de faire face à des grèves spontanées organisées par les salariés afin d'obtenir du Gouvernement et du patronat des mesures sociales. Elles s'étendent à tous les secteurs mis à part celui de la fonction publique. Les grèves se passent dans une atmosphère de fête: les salariés se rendent à leur lieu de travail avec des instruments de musique. Ils occupent les lieux mais respectent le matériel, et même l’entretiennent. C’est une grève sur le tas.

 

2) Les réformes et le climat social

 

- Les réformes

 

Léon Blum, face à ces grèves, réunit le patronat et la CGT pour des négociations (le 7 Juin, les Accords de Matignon sont signés). Il s'agit de :

 

-La reconnaissance par les patrons des droits syndicaux

-Le principe des conventions collectives

-L'augmentation des salaires de 7 à 15 %

 

Puis, un ensemble de lois sociales est voté, destinées à lutter contre le chômage (1 500000 chômeurs en 1933, dont la majorité ne touchent pas d'indemnités) et à relancer l'économie.

 

-Les salariés obtiennent 12jours de congés payés obligatoires annuels.

 

-La semaine de 40 heures est instaurée (au lieu de 48 heures) sans diminution de salaire.

 

-Les traitements et les pensions sont relevés.

 

-La scolarité est augmentée (elle est obligatoire jusqu'à 14 ans au lieu de 13)

 

-Un sous-secrétariat d'état aux sports et aux loisirs est crée pour inciter au développement des activités de plein air et à la culture populaire.

 

- Un Office du blé est crée pour relever le pouvoir d'achat des paysans et l’aérospatiale et l'armement sont partiellement nationalisés ce qui renforce le rôle de l'Etat dans le domaine économique.

 

- Le climat social après les réformes

 

Durant l'été 1936, les familles les plus modestes partent pour la première fois en vacances et l'euphorie gagne peu à peu la population. Pourtant certains sont inquiets devant la montée rapide du totalitarisme que constitue l'axe Rome-Berlin signé en 1936 par Hitler et Mussolini. Mais leurs propos ne sont pas pris au sérieux: les Français pensent, pour la majorité, que leur armée est la meilleure du Monde et qu'elle aura vite raison de ces dictateurs s'ils décident d'envahir leur pays.

 

Après l'été, la gravité de la situation économique (stagnation de la production, hausse vertigineuse des prix) contraint le Gouvernement à dévaluer le franc. Mais les bienfaits de cette mesure financière ne sont pas durables, et Léon Blum décide en février 1937 de suspendre la suite des réformes prévues par le Front Populaire. Cette "pause" ne permet pas de redresser l'économie et il s'en suit une violente opposition:

 

-La presse de droite lance une campagne antisémite contre les membres israélites du Gouvernement, et, en tout premier lieu Léon Blum.

 

-Une campagne de calomnies se développe contre certains ministres: on accuse le ministre de l'intérieur Georges Salengo d'avoir déserté durant la guerre et on le pousse au suicide.

 

- Les ligues de droite qui avaient été dissoutes se reconstituent sous d'autres noms et recommencent une agitation.

 

- La gauche se divise profondément sur la guerre d'Espagne qui oppose les républicains (fidèles au Gouvernement) et les partisans du général Franco qui a pris les armes contre le pouvoir légal en 1936.

 

Le Gouvernement aurait voulu apporter son aide à la jeune République espagnole, mais se heurte à l'opposition des ministres radicaux et d'une partie des socialistes alors que les communistes réclament des avions et des camions pour l'Espagne.

 

3) La fin du Front Populaire

 

Léon Blum est violemment attaqué au Sénat sur sa politique économique : il se voit refuser les pleins pouvoirs financiers. Il démissionne en juin 1937.

 

Il y aura encore trois autres Gouvernements de Front Populaire qui se heurtent aux mêmes difficultés. Leur seule réalisation sera la nationalisation des chemins de fer (naissance de la SNCF)

 

En 1938, les radicaux s'allient au centre et à la droite, et forment le ministère Daladier. Les questions internationales préoccupent les français. Le 29 septembre 1938, la conférence rassemblant l'Allemagne d'Hitler, l'Italie de Mussolini et le président du conseil français Daladier aboutit aux Accords de Munich qui doivent garantir qu'Hitler et Mussolini ne formuleront pas de revendications territoriales en Europe.

 

A son grand étonnement, Daladier est acclamé par la foule à son retour de Munich: la France croyait à un apaisement alors que ce n'était qu'une "reculade". La France est en route vers la guerre.

 

Conclusion

 

En conclusion, l'expérience du Front Populaire aussi courte fût-elle a montré que des partis d'une même tendance peuvent élaborer un programme commun et gouverner ensemble. Cette expérience reste pour de nombreux français comme un moment privilégié on a soufflé un esprit nouveau sur la vie politique. Toutefois, un tel gouvernement de type Front Populaire, rassemblant des partis d’une même tendance politique est difficile de nos jours car, les partis d’un même bord n’ont plus les mêmes ambitions. En 1936, l’occasion de cette union s’est faite contre la montée du fascisme en Europe pour enrailler la montée du totalitarisme. De nos jours, ce même mal nous guette. De plus, ils pourraient lutter ensemble contre le chômage, ce « cancer » qui nous ronge tous les jours un peu plus.

 

Cela est bien connu : « l’union fait la force »       

 

Stéphane De Bona

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Commentaires
#1
lise écrit le lundi 13 octobre 2008, A 18:59
pouquoi les partis de gauche se rassemblent-ils en 1935?
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De Bona Stéphane

Je suis Auteur Essayiste. Handicapé infirme moteur cérébral depuis la naissance, je ne devais pas être capable de faire des études. Pourtant, à force de volonté, j’ai réussi à passer mon bac en administration (STT aca) et fait un essai infructueux en psychologie. Je me suis alors tourné vers la philosophie : c’était la matière que j’avais choisie en option. Instituée par la réforme Universitaire de François Bayrou pour la première année de DEUG, cet amendement m’a permis de trouver ma voie. Ma nouvelle passion et la bonne ambiance de travail amical m’ont amené à obtenir mon DEUG de philosophie assez facilement. D’autre part, le mouvement associatif en philosophie a créé des liens entre les étudiants et les professeurs qui nous ont poussés, par la suite, à nous battre pour l’ouverture d’un second cycle. Notre petit groupe soudé a du faire un détour, pendant un an, en ethnologie avec une option philosophie, en attendant avec impatience de retrouver nos premières amours. Ce petit éloignement n’a pas été dépourvu d’intérêt : il nous a fait découvrir une discipline complémentaire de la philosophie. Je suis aujourd'hui, titulaire de deux maîtrises : une en philosophie et l'autre en ethnologie (étude des rites et coutumes des différents peuples de la planète ou d'une région). Je suis également à l'origine de la création de la revue de philosophie de METZ "Le Jardin". J'aime la politique et la finance. Je souhaite faire de mon blog, un lieu de débat. Il a pour but d'ouvrir plusieurs pistes de réflexions sur des questions publiques qui engagent l'avenir de la société Française et Européenne. Je donnerai également chaque dimanche des conseils boursiers qui, j'espère, seront "des coups de génie".

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