Le texte qui suit retrace une partie de la naissance du département de philosophie à Metz. Depuis cet article paru à l’époque dans le 1er journal de Sciences Humaines et Philosophie de l’Université Paul Verlaine, la situation a bien évolué. En 2002, l’Université de Metz signait un contrat de coopération avec l’Université de Luxembourg pour l’ouverture d’une licence commune. L’année suivante, après un partenariat fructueux, le gouvernement Luxembourgeois s’engagea à ouvrir une maîtrise, qui nous a été, dans un 1er temps, refusée par l’état français; ce qui a obligé le Luxembourg à réaliser cette année transitoire entre le 2ème et le 3ème cycle de son propre chef, en collaboration directe avec l’Université Paul Verlaine de Metz. Les étudiants français furent soumis exclusivement aux règles Luxembourgeoises durant deux ans.
Cette année, lors de la rentrée 2005-2006, avec la mise en place du parcours d’étude Européen commun s’intitulant « la réforme du LMD » (Licence, Master, Doctorat) un partenariat plus large fut établi entre Nancy, Metz et Luxembourg, preuve qu’une Europe à visage humain, ou encore que l’on pourrait appeler Europe des Régions est possible. A terme, il est envisageable que notre politique régionale s’établisse au Grand Est, regroupant les universités de Nancy, Metz, Strasbourg et Luxembourg et pourquoi pas des coopérations avec la Belgique et l’Allemagne. Cela pour dire que l’engagement des citoyens dans la vie de la cité et, également en politique peut faire évoluer vers un mieux être commun une situation fortement compromise, voir désespérée.
Il faut avoir à l’esprit que l’Europe ne se fera pas sans les peuples et que les citoyens composant les nations ne peuvent pas tout attendre des politiques, mais ceux-ci doivent être une force de proposition et avoir conscience que ce n’est pas en se recroquevillant sur nous-même que nous pourrons créer un monde plus juste.
L’ouverture d’un second cycle de philosophie
à METZ pour l’année 2001-2002 ?
S’engager pour se défendre.
Je choisis ici de prendre position pour l’ouverture d’un second cycle de philosophie à Metz et de défendre mon point de vue en empruntant le vocabulaire de Jean-Paul SARTRE, car il est le modèle du philosophe engagé qui assume ses choix et défend des causes justes avec courage et détermination. Il n’hésite pas à pousser les systèmes politiques et sociaux dans leurs derniers retranchements. Pour illustrer mes propos, je prendrai quelques repères biographiques qui ont fait de SARTRE un homme à part. En effet, il est l’un des premiers à avoir condamné l’invasion de la Hongrie par l’U.R.S.S. en 1956, alors qu’il faut le rappeler, SARTRE est un compagnon du Parti Communiste Français. En 1964, il est également à l’origine d’un autre coup d’éclat : il se voit attribuer le Prix Nobel de littérature, mais le refuse. Ces deux actes montrent bien que SARTRE est un homme libre, comme il veut l’expliquer dans sa philosophie, mais également engagé. Sa philosophie que je qualifierai de progressiste met l’homme en face de ses responsabilités, et il est difficile pour lui de se dérober.
En 1998, quelques étudiants (une trentaine au début et une soixantaine en fin d’année) et leurs professeurs de philosophie de Metz ont fait le choix* de participer à l’ouverture d’un département de philosophie. Ce choix devient alors projet* et ouvre le chemin à une aventure palpitante et heureuse pour ces quelques privilégiés. En effet, il règne dans ce département tout neuf une ambiance joyeuse et pleine de créativité (peut-être parce que les étudiants en philosophie ont bien fait le choix de leur formation et ne sont pas arrivés dans cette voie par hasard). Les étudiants en philosophie ne sont pas comme dans certaines autres promotions de l’université, des parachutés à l’essai dans la filière universitaire, mais ils sont bel et bien engagés* dans leurs études par passion et trouvent leur équilibre pour faire face à une société malade et désorganisée. La formation en philosophie apporte à l’étudiant un esprit critique, l’aide à se défendre contre les idées préconçues et à affronter les difficultés de la vie de tous les jours.
Et si ce n’était pas de la mauvaise foi !
Malheureusement, ce beau projet n’a abouti que dans sa première phase (premier cycle universitaire : DEUG) : l’année dernière, il nous a été rétorqué que les budgets universitaires n’étaient pas débloqués pour l’ouverture du second cycle; mais la “ porte” n’a pas été totalement fermée, car des responsables universitaires ont pris l’engagement de réaliser l’ouverture l’année suivante. Je ne pense pas que cet engagement soit un acte de mauvaise foi*, mais bien une chose en soi*. Malgré tout, il ne faudrait pas que les querelles entre responsables de la faculté, ainsi que les échéances électorales 2001-2002 (élections Municipales, Présidentielles et Législatives) aient lieu au détriment des étudiants de philosophie, car l’échec de la poursuite des études à Metz, l’année dernière, a provoqué un éclatement du groupe très mal ressenti par les étudiants. Cette expérience n’existera* plus, je l’espère, pour les nouveaux diplômés de 2001; ils pourront alors sereinement continuer l’aventure. A nous tous de démontrer notre détermination en engageant des actions concrètes.
“ L’homme n’est rien d’autre que ce qu’il fait. “
(Jean -Paul SARTRE, L’existentialisme est un humanisme)
* Vocabulaire philosophique
Choix : acte fondateur individuel ou collectif, basé sur l’imagination intellectuelle et en partie émotionnelle qui engage toute l’humanité.
Projet : il est racine de la liberté dans la mesure où il donne une signification à la situation soit pour l’accepter, soit pour la modifier dans tel ou tel sens. C’est un acte intentionnel qui donne un sens à la situation où l’on se trouve.
Engagé : l’engagement caractérise nécessairement l’être humain dans la mesure où ce dernier, étant toujours en situation, ne peut en aucun cas prétendre à la neutralité (PASCAL : “ Nous sommes tous embarqués. “) L’acte individuel engage toute l’humanité (L’existentialisme est un humanisme).
Mauvaise foi : l’expression désigne plus spécialement l’attitude par laquelle la conscience d’un sujet cherche à se tromper elle-même, afin de se voiler ses responsabilités et d’échapper à l’angoisse que celles-ci pourraient provoquer.
En-soi : l’en-soi est le mode d’être du réel en tant qu’il est présence indifférente sans relation avec l’extérieur et doté d’une existence ignorant tout autre que lui-même. Pour SARTRE : l’être de fait, opaque à lui-même, dépourvu de conscience (c’est-à-dire incapable de se constituer en spectateur de soi-même).
Existence : c’est radicalement le fait d’être. D’où deux approches possibles : de l’existence en soi, indépendamment de toute connaissance possible, et de l’existence dans l’expérience (actuelle ou possible) par opposition au néant. Dans l’existentialisme, le terme retrouve quelque chose de son étymologie (ex-sistere : se tenir hors de) pour désigner plus précisément le mode d’être du sujet humain, c’est-à-dire du pour soi.
De Bona Stéphane
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