
Le 1er Août, dans un article du «Monde», l’annonce du déplacement du tableau du peintre messin Théodore Devilly qui a été faite par le garde des sceaux Pascal Clément vient clore l’épisode lancé par l’avocat et conseiller municipal de Metz, Daniel Delerez. En effet cette peinture représentant «La Crucifixion» siégeait dans le Palais de Justice de Metz, chose inadmissible pour ses détracteurs, car la séparation de l’Eglise et de l’Etat n’était pas garantie. Mais il faut rappeler que cette séparation n’est pas effective en Alsace-Moselle, étant donné que cette région de l’Est de la France vit encore sous concordat, après rétrocession de ces départements par l’Allemagne en 1918. Pour Daniel Delerez «C’est une victoire sur l’obscurantisme local». Ce tableau n’est pas, pour lui, une œuvre d’art mais, un objet de prosélytisme. Le choix du changement de lieu de cette peinture, fait par le garde des sceaux, à Saint-Avold me parait inopportun. Comment peut-on dire qu’un tel tableau n’est pas une œuvre d’art? Bon nombre de peintures de la Renaissance représentent des scènes bibliques et sont des joyaux du patrimoine mondial. Sans cette période propice au renouvellement de l’art, la chapelle Sixtine, connue dans le monde entier, n’aurait pas vu le jour, et bon nombre de vocations artistiques auraient été perdues. L’exigence d’une République laïque ne doit pas amener à rejeter tous les apports religieux d’une société; mais elle doit, au contraire, veiller à la liberté de culte de chacun tout en respectant les apports culturels entraînés par les différentes croyances des peuples. C’est surtout par le manque de reconnaissance et de connaissance des croyances de l’autre que l’obscurantisme dénoncé par Daniel Delerez, naît.
Encore une autre aberration dans cette affaire! Pourquoi déplacer cette œuvre à Saint-Avold, alors que son créateur était messin? N’aurait-elle pas eu une place au musée de Metz? Ce transfert dans une autre ville ne fait qu’appauvrir le patrimoine local qui mérite d’être conservé compte tenu de l’histoire tumultueuse de cette région. Peut-être aurait-il été utile de connaître l’histoire de ce tableau et dans quelle circonstance il fut déposé au tribunal de Metz. Comment un ministre de la justice peut-il prendre la décision du déplacement du patrimoine culturel d’une région? Cette décision n’aurait-elle pas du être prise en commun avec les élus locaux et le ministère de la culture?
L’art n’est pas plus une affaire de justice que de respect de la laïcité; il revient donc au ministère de la culture, une fois le problème de séparation de l’Eglise et de l’Etat réglée, de savoir que faire d’une telle œuvre.
Stéphane De Bona |