| mardi 26 septembre 2006, a 16:22 |
| Le cinéma citoyen |
La République enfin reconnaissante
La palme d’or du Festival de Cannes 2006, décernée au film « Indigènes » de Rachid Bouchareb, semble avoir touché la classe politique. Quarante sept ans après la cristallisation des retraites des anciens combattants issus de nos anciennes colonies, un film retrace la vie de ces hommes au combat pour libérer la France métropolitaine de l’occupation nazie. Malheureusement pour eux, ils furent les grands oubliés de l’histoire et, pire encore, leur descendance est aujourd’hui en proie au racisme. Ce film citoyen a ému notre chef d’état, qui a été mobilisé par la première dame de France en ces termes : « Jacques, il faut faire quelque chose », lors de la projection en avant première de ce long métrage. Le président va donc mettre, dans quelques jours, les moyens pour indemniser ces anciens valeureux combattants et faire cesser une inégalité de traitement entre les vétérans de la seconde guerre mondiale. Le ministre des anciens combattants, Hamiaoui Mekachera issu lui-même de cette minorité visible, peut se féliciter d’être le politique qui mettra fin à cette injustice. Les 80 000 vétérans vont être reconnus et cela va sans doute permettre aux jeunes issus de l’émigration de se sentir des français à part entière.
Le film « Indigènes » réalise un devoir de mémoire mal connu de la population française
Ce film est le premier devoir de mémoire qui rend hommage aux habitants de l’ancien Empire français. Il faudra encore les réhabiliter dans les livres d’histoire et faire cesser les discriminations qui règnent dans les banlieues en recréant la mixité sociale, seul moyen de montrer à l’ensemble de nos compatriotes que notre nation est une et indivisible. Peu à peu, les zones d’ombre de l’histoire française (comme la période vichyssoise, la guerre d’Algérie, etc) semblent s’estomper. L’état français parait tirer les leçons du deuxième tour de l’élection présidentielle de 2002, qui a fortement divisé le peuple. Cette réaction pourra-t-elle faire oublier les émeutes de Novembre 2005 dans les banlieues et permettre au scrutin de 2007 d’être une échéance démocratique normale, avec l’absence de l’extrême droite au second tour ?
Enfin, pour en revenir au film, il est la preuve que le cinéma d’art et d’essai ou d’engagement peut faire bouger les structures sociales et culturelles de la France. Espérons qu’une nouvelle génération de cinéastes, comme ceux de la nouvelle vague, va grandir et redorer l’image de l’Europe dans le monde en la distinguant fortement de celle des américains.
Stéphane De Bona
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