| lundi 25 septembre 2006, a 16:32 |
| Le bloc-notes de Bernard-Henry Lévy |
Benoît XVI n’avait pas raison
Dans son bloc-notes hebdomadaire du 21 Septembre 2006 au Point, Bernard-Henry Lévy revient sur les propos de Benoît XVI tenus à l’université de Ratisbonne. D’après lui, le pape avait raison, puisque ses propos ne faisaient que reprendre une citation historique et que, depuis, le monde musulman, après avoir connu ses lumières bien avant l’Occident avec des philosophes comme Averroès et Avicenne, était retombé dans un obscurantisme des premiers âges. Ces propos n’étaient sans doute pas attribués, en premier lieu, aux musulmans, mais ils devaient faire réagir la communauté européenne qui s’est peu à peu détournée du catholicisme. Ils devaient, d’après lui, mettre en garde sur les dérives possibles que le monde chrétien pouvait connaître de la même façon que l’Islam. Pas si loin encore, le monde catholique considérait comme blasphème tout commentaire de l’exégèse. Si la Bible venait dans les mains de radicaux, il nous serait impossible de pratiquer une réflexion critique du texte sacré comme il est aujourd’hui interdit de le faire avec le Coran. Je pense, pour ma part, que notre cher ami philosophe a oublié les propos précédents qu’il a tenus sur la réflexion des lumières en Occident. De plus, cette citation tirée de son contexte ne peut laisser que le doute sur les réelles intentions du pape.
Les Lumières Arabes
Les philosophes arabes (Averroès et Avicenne) n’étant pas connus de chacun, le commun des mortels peut imaginer que le monde musulman n’est pas sorti du Moyen Age depuis sa naissance. Cette citation ne pouvait que provoquer les extrémistes dont nous avions déjà vu l’importance durant l’épisode des caricatures de Mahomet, il y a deux mois. Jean-Paul II, en 1981, avait fait la triste expérience de commenter une autre religion, ce qui lui a valu un attentat dans lequel il a failli perdre la vie. Pourtant, à cette époque, les relations entre l’Occident et le reste du monde étaient moins tendues. Benoît XVI a d’autant plus choqué qu’il a démantelé la cellule de dialogue entre les religions qu’avait créé son prédécesseur, et réintégré Monseigneur Lefèvre que Jean-Paul II avait écarté en dénonçant des pratiques sectaires. Je pense donc que Bernard-Henry Lévy se trompe et que cette citation était bien destinée aux musulmans pour que les modérés se réveillent de leur sommeil dogmatique. Mais les journalistes qui ont la sale habitude de ne pas préciser le contexte des propos tenus, ont augmenté les faiblesses de communication du pape, pouvant même le rendre impopulaire chez les catholiques. Aujourd’hui, Benoît XVI qui a renoncé à la voiture blindée de Jean-Paul II, ferait bien de la réhabiliter dans ce contexte s’il ne veut pas être un pape éphémère. Je reviendrai dans un prochain article, sur comment faire cohabiter les différentes civilisations en m’appuyant sur l’ouvrage de Mohammed Arkoun «Humanisme et Islam : Combats et propositions».
De Bona Stéphane
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