| vendredi 27 octobre 2006, a 20:10 |
| Ouvrage sur Charles Maurras de Stéphane Giocanti |
Un auteur polémique
Stéphane Giocanti consacre une biographie de plus de 500 pages à Charles Maurras, intitulée : « Le chaos et l’ordre ». Elle fait son éloge en tant qu’écrivain et poète, tout en occultant beaucoup son passé politique. Certes, Maurras fut un illustre écrivain, poète et journaliste qui a charmé plusieurs de ses grands contemporains. Il savait manier à merveille la rhétorique et la sémantique, mais il les utilisait à des fins criminels. Comme l’écrit Alain Duhamel dans « Le point » du 26 Octobre 2006 : « Maurras est hélas une plume exceptionnelle au service d’une intelligence meurtrière et d’un esprit doctrinaire jusqu’au totalitaire ». Son écriture a pourtant été le ferment de deux générations de jeunes intellectuels, après lui. Ce fut, en ce sens, l’humus pour ne pas dire le fumier des partis d’extrême droite du XXème siècle. Une partie du FN trouve en ce génie fantasque une raison d’exister. On ne peut pas dire comme Stéphane Giocanti que la raison de son engagement pour le régime de Vichy est due au fait que c’était un vieil homme coupé du monde, puisqu’il est le dirigeant et le principal fondateur du journal nationaliste germanophobe, royaliste orléaniste et antisémite « l'Action Française ». Ce journal resta l’organe de propagande de l’extrême droite durant l’occupation. Bien avant la guerre, il s’en prenait déjà aux juifs. Il écrit contre Léon Blum, président du Conseil, dans « L'Action française » du 15 mai 1936 : « C'est en tant que juif qu'il faut voir, concevoir, entendre, combattre et abattre le Blum. Ce dernier verbe paraîtra un peu fort de café : je me hâte d'ajouter qu'il ne faudra abattre physiquement Blum que le jour où sa politique nous aura amené la guerre impie qu'il rêve contre nos compagnons d'armes italiens. Ce jour-là, il est vrai, il ne faudra pas le manquer. »
Repères biographiques
Il fut élu à l'Académie française le 9 juin 1938, au fauteuil 16, succédant à Henri Robert. Sa réception officielle eut lieu le 8 juin 1939. Pendant l'Occupation, Maurras fit reparaître l'Action française, soutenant le régime de Vichy, qui s'inspirait dans une large mesure de ses idées. Pour lui, l'accession au pouvoir de Pétain est une « divine surprise » (Le Petit Marseillais, 9 février 1941). Il continua ses polémiques contre les Juifs, les francs-maçons et les « métèques », sur le thème : « Je l'avais bien dit ! » Le principal tort de Pétain à ses yeux était de ne pas aller assez loin dans la politique antisémite : le statut des Juifs d'octobre 1940 était pour Maurras et ses collaborateurs une bonne chose, mais il devait être durci et appliqué plus rigoureusement. Le nouveau statut, en juin 1941, fut une satisfaction, mais partielle. À la suite de sa condamnation à perpétuité pour « intelligence avec l'ennemi », l'Académie, passant outre la lettre de l'ordonnance du 21 novembre 1944, ne procéda pas à la radiation de Charles Maurras, comme elle le ferait également quelques mois plus tard pour le maréchal Pétain : elle se contenta, dans sa séance du 1er février 1945, de constater la vacance du fauteuil et de décider de ne procéder à l'élection du remplaçant qu'après le décès du titulaire. Ce remplacement eut lieu en 1953, avec l'élection d'Antoine de Lévis-Mirepoix. Maurras commenta sa condamnation par une exclamation célèbre : « C'est la revanche de Dreyfus ! » En mars 1951, il bénéficie d'une grâce médicale et est transféré à la clinique Saint-Grégoire de Tours (Quartier Saint-Symphorien) où il meurt. Bien qu'affaibli, il collabora à Aspects de la France, journal fondé par des maurrassiens en 1947, suite à l'interdiction de l'Action française.
Maurras reste un des grands érudits de la première moitié du XXème siècle qui sut, malgré ses errances extrémistes, impressionner des personnes complètement réfractaires à ses idées, comme André Malraux ou le général De Gaule, mais il en dérangeait d’autres et en particuliers Mauriac.
Je pense qu’il a voulu ressembler à un de ses maîtres en philosophie, Joseph de Maistre, illustre contre-révolutionnaire en 1789. On se forme souvent une conscience politique par rapport à nos lectures de jeunesse. Cette plume hors du commun aurait pu la mettre au service de l’humanisme et de la raison, compte tenu de son agnosticisme. La biographie de Stéphane Giocanti mérite d’être consultée pour se remettre dans le contexte de l’époque avec lequel on pourrait faire un étrange parallèle avec ce début du XXIème siècle.
Stéphane De Bona
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