| dimanche 03 décembre 2006, a 19:19 |
| Lettre ouverte à Alexandre Jollien |
Cher Alexandre,
Nous sommes atteint du même handicap (ou pour les plus pessimistes, nous souffrons du même mal), nous avons effectué quasiment le même parcours médical et intellectuel, pourtant nos conceptions philosophiques divergent beaucoup.
Je souhaiterais débattre avec toi de deux concepts clés qui font parti de nos philosophies : la différence et la singularité.
Lors de tes différentes interviews, comme la dernière dans l’émission de Guillaume Durand « Esprit libre », tu préfères le concept d’un être singulier à celui d’un être différent. Tu expliques en substance que le singulier décrit l’être dans sa totalité et exclut le problème de divergence de communauté entre les êtres. Le concept de différence serait pour toi l’une des causes les plus importantes du rejet de l’autre, car il se définit comme appartenant à un ensemble qui peut attiser l’incompréhension et la haine. En cela, tu opposes le singulier qui ne fait référence qu’à un seul être et ne peut entraîner par conséquent, que l’adhésion ou le rejet de la culture ou des idées d’un seul individu. La différence a été un concept qui a uni la métaphysique occidentale et a permis les grandes luttes juridiques et sociales afin d’obtenir des nouveaux droits ainsi que des devoirs pour des minorités non reconnues. D’après toi, le concept du singulier aurait-il pu amener de telles avancées sociales ? Pour ma part, je pense que non : le concept de différence est un mal nécessaire pour unir un tant soit peu des sociétés toujours plus individualistes, qui oublient souvent que l’homme n’est pas seul et qu’il n’a pas le droit d’agir en être singulier pour toute l’humanité. La singularité poussée à l’extrême, tout comme la différence, peuvent mener à la dictature et à l’intolérance. Je pense que le concept le plus important pour garantir le vivre ensemble est la laïcité qui reste, pour le moment une idée bien française. Qu’en penses-tu ?
Amitiés philosophiques
Stéphane DE BONA
PS : je t’ai écrit en 2002, alors que j’étais en double licence de philosophie et d’ethnologie, pour t’inviter à présenter ton livre « Le métier d’homme » à la faculté de Sciences Humaines de Metz. J’étais alors, président de l’association de philosophie « Le Jardin ». J’espère toujours te rencontrer, peut-être à l’occasion de la présentation de mon premier livre « Le totalitarisme - Un péril pour le XXIème siècle » paru chez Publibook.
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