| jeudi 18 janvier 2007, a 16:58 |
| Voyage au pays des sourds |
Emmanuelle Laborit, une comédienne hors norme
C’est en 1993 que le grand public la découvre dans « Les enfants du silence » qui lui vaudra un Molière comme meilleur révélation théâtrale de l’année. A l’époque, la presse titre « une comédienne sourde récompensée » et ne met son nom que comme légende de la photo. Elle en garde aujourd’hui un souvenir amer et dit que sa carrière n’aurait pu se réduire qu’à ce titre si elle n’avait pas été soutenue par des réalisateurs de talent qui lui proposent des rôles à sa mesure. Elle déplore cependant, qu’on la cantonne dans un registre misérabiliste et souhaiterait incarner le rôle d’un gangster ou d’une mauvaise fille sourde. Les rôles qu’elle a interprétés lui semblent trop lisses et, réduire sa personne à une « gentille fille » ne correspond pas à sa personnalité. Pourtant, Emmanuelle Laborit est une jeune femme de 35 ans qui a un caractère bien affirmé : elle n’hésite pas à remettre en place ses interlocuteurs par l’intermédiaire de son interprète lorsqu’ils la couvrent de louanges et ne lui parlent que de son handicap. Elle a franchi, depuis le 1er Janvier 2007, une nouvelle étape de sa vie puisqu’elle est devenue directrice du Théâtre du Grand-Guignol qu’elle a fait rénover. Elle l’a investi avec sa troupe de l’International Visual Théâtre, compagnie de comédiens sourds autrefois dirigée par son maître qui l’a initiée à la langue des signes, Alfredo Corrado (comédien sourd américain).
Les ambitions d’Emmanuelle pour la vulgarisation de la langue des signes
La comédienne, qui a appris la langue des signes en 1977 alors que celle-ci était interdite dans l’éducation nationale jusqu’en 1991, désire aujourd’hui en faire une langue à part entière enrichissant notre patrimoine culturel. Comme pour les tribus anciennes d’Afrique qui ne possédaient pas l’écriture, elle souhaite que la culture des sourds devienne accessible à tous et ne se transmette pas que par la tradition orale qui, un jour, peut s’éteindre.
Elle réfléchit à comment donner une écriture à cette langue qui est enseignée en trois dimensions, alors que l’écriture manuscrite n’en compte que deux. De plus, elle aspire à redonner au théâtre du Grand-Guignol des pièces sanguinolentes et macabres qui ont fait sa renommée, mais en créant des pièces de types médicales ou chirurgicales, loin des vampires et autres monstres. Ces pièces comme les grands classiques seront jouées par une troupe mixte de comédiens sourds et entendants, qui mettront l’accent sur le langage corporel. Enfin, un bonheur n’arrivant jamais seul, la comédienne a annoncée la naissance d’un bébé pour le mois de mai 2007, qui décidera lui-même de la première langue qu’il veut apprendre.
Stéphane De Bona
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