Le festival de Cannes 2007 semble tourner autour des films dénonçant des régimes dictatoriaux ou ex-dictatoriaux. Parmi les films susceptibles d'être récompensé, un dessin animé, retraçant la révolution islamique en Iran ou bien encore l'histoire d'un avortement dans la Roumanie de Nicolas. C'est un documentaire qui a pourtant le plus attiré mon attention. Il dénonce les dérives du régime actuel en Russie. Le président Vladimir Poutine qui veut remettre de l'ordre dans l'axe république soviétique emploi parfois des méthodes répréhensibles. C'est un appel à la résistance citoyenne.
Présentation AFP
Ce documentaire-choc présenté au Festival de Cannes rend hommage à la "rébellion" de l'ex agent russe Alexandre Litvinenko, assassiné à Londres en novembre dernier, contre des services secrets qui "dirigent aujourd'hui la Russie", a indiqué son réalisateur Andreï Nekrassov à l'AFP.
Le film sera présenté à la presse par la veuve d'Alexandre Litvinenko, Marina, accompagnée de leur fils Anatoli, 12 ans, au moment même où la mort de l'ancien agent suscite un bras de fer entre Moscou et Londres.
Le parquet britannique a inculpé mardi un ancien agent du KGB, Andreï Lougovoï, pour le meurtre de Litvinenko par empoisonnement et a demandé son extradition. Cette éventualité a été rejetée par Moscou, pour qui Lougovoï doit être jugé en Russie si les charges contre lui le justifient.
L'ancien agent du FSB (héritier du KGB) Alexandre Litvinenko est décédé le 23 novembre dernier, à l'âge de 43 ans, après avoir ingéré une substance radioactive rare, le polonium 210, et il a accusé le président russe Vladimir Poutine de sa mort dans un témoignage posthume.
Le réalisateur, Andreï Nekrassov, a indiqué que la sélection officielle de son 3film au Festival de Cannes, annoncée in extremis mercredi, était "extrêmement importante".
"Il y a beaucoup de gens en Russie qui ont besoin d'informations, mais nous n'entendons pas leur voix", a-t-il déclaré.
"C'est un très bon signal à tous nos collègues en Russie, pour leur dire: n'ayez pas peur, exprimez vos talents, et vous serez entendus", a renchéri Olga Konskaïa, productrice et co-auteur du film.
Andreï Nekrassov, 48 ans, a indiqué par ailleurs que sa résidence secondaire en Finlande avait été cambriolée et saccagée il y a trois semaines, sans aucun vol, se refusant toutefois à "céder à la paranoïa" et à en accuser quiconque.
Il a cependant reconnu "avoir un peu peur" à l'idée de repartir en Russie après Cannes.
Le film "Rébellion: l'affaire Litvinenko", projeté en avant-première vendredi, ne contient aucun élément radicalement nouveau dans l'affaire de l'assassinat de l'ancien agent russe.
Le documentaire de plus d'une heure et demie accumule cependant les charges contre le FSB, accusé par Litvinenko d'être "le bras armé d'un clan corrompu au pouvoir".
"Le FSB dirige aujourd'hui la Russie, il contrôle beaucoup plus la Russie que le KGB à l'époque soviétique, car alors le Parti communiste avait les moyens de le mettre hors-0jeu", estime M. Nekrassov.
Le film est en particulier une charge violente contre le président Vladimir Poutine. Citant certains documents officiels et des experts, il accuse notamment l'actuel président russe d'avoir été impliqué dans des détournements massifs d'aide humanitaire destinée à sa région d'origine de Saint-Pétersbourg en 1991/92.
Le film est aussi un témoignage d'amitié du réalisateur à Alexandre Litvinenko, à qui il est dédié. L'homme dont l'image du visage exsangue, sur un lit d'hôpital londonien, a fait le tour du monde fin 2006, est présenté comme un agent du FSB qui se rebelle au nom de ses principes contre les pratiques de son institution, qui finira par le lui faire payer.
Alexandre Litvinenko "était un Russe typique qui a grandi sous l'influence" culturelle présentant les membres du KGB comme des défenseurs de la patrie, estime M. Nekrassov, ancien assistant du cinéaste Andreï Tarkovski sur "Sacrifice" et sympathisant déclaré du mouvement d'opposition "L'autre Russie".
"Contrairement à moi qui étais un privilégié, qui a pu lire Soljenitsyne et ainsi de suite, Alexandre Litvinenko a dû tout faire par lui-même, traverser une expérience très dure et faire ses propres choix moraux, ce qui pour moi est un signe de grandeur", a déclaré M. Nekrassov.
Stéphane De Bona
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