| samedi 01 septembre 2007, a 20:00 |
| Commentaire libre |
J'ai l'honneur aujourd'hui, de vous présenter un commentaire libre qui m'a été remis par un ami philosophe. C'est donc avec une grande joie, que je publie ce petit texte. J'espère que nous aurons encore l'occasion de travailler ensemble à plusieurs reprises. Bonne lecture à tous !
Stéphane Bona
« La Métaphysique du mou »
de J-B BOTUL (personnage fictif)
Imaginé et créé de toutes pièces par Frédéric Pagès, Jean-Baptiste Botul (peut-être un pseudo) n’a laissé aucun ouvrage écrit officiel, il a par ailleurs été un spécialiste de Kant.
Le texte ici étudié a été établi et annoté par Jacques Gaillard, ce dernier raconte le méli mélo qu’il a trouvé en cherchant les premières pages de la « Métaphysique du Mou » ; 143 liasses de feuillets et d’enveloppes de formats divers. A partir d’un premier tri, 18 pages de ce texte ont pu êtres retranscrites. Dans ses lettres à lui-même, Botul explique la difficulté qu’il a à se relire. « des plumes de qualité médiocre, une encre diluée par économie et des supports trop absorbants accentuent encore ces maladresses graphiques ». Nous le savons, Botul ne voulait pas publier ; le manque de soin explique tout. « Il écrivait sur n’importe quoi avec n’importe quoi ».
Titre arbitraire dans la mesure où Botul l’envisage seulement, « la métaphysique du mou » est un ensemble de petits textes pensés et écrits sur l’instant, comme un journal intime, on a du mal à définir son travail, ce ne sont même pas des fragments (cf. Heraclite). Les pensées sont ponctuels, inachevées et sans liens propres entre-elles. On voyage d’une page à l’autre sans ligne directrice, sans but apparent. L’auteur nomme ces textes, des « bouts ». On penserait même qu’il se permet une certaine audace dans la syntaxe vers la fin de l’ouvrage (très court en soi d’ailleurs, environ d’une cinquantaine de pages) ou alors c’est plutôt l’éditeur qui respecte le plus fidèlement la manière d’écrire et de noter de Botul, je cite : « ………………………………….. 69 » avec en légende « 69 : ici manquent deux pages »
Botul met en place une problématique à savoir ; le mou, le principe de mouité -et non de molesse-.avec l’argument suivant lequel peu de place a été faite aux choses molles dans la philosophie dite ‘des choses mêmes’ ; Botul explore ce concept de mouité au travers de l’être, le néant, le fromage, les seins de femmes… il développe sa nouvelle idée en opposant les termes notamment (dur=froid ; mou=chaud) et en citant Aristote et « les parties des animaux » il argumente autour des viscères d’une part et de l’os d’autre part
Botul dit une très belle phrase pleine de poésie, à propos du « dire » et du « ne pas écrire » citant volontiers Socrate ou Jésus… « A quoi bon chercher à les publier –cf. les notes- je n’ai pas l’angoisse de la page blanche, j’ai la terreur des pages noircies. »
Le philosophe dressera ensuite une liste de lois sur le mou et le dur (par exemple, le dur ne devient mou que par l’effet d’un travail ou encore le dur déçoit, le mou émeut)
Preuve en est, Pagès donne vie à son personnage jusqu’à lui inventer une biographie (ou peut-être s’apparente-t-elle à des propres brides de la vie de ce premier.) Durant la première partie de sa vie, il fait de nombreuses rencontres amicales, amoureuses et professionnelles, l’association des amis de JBB fut fondé, il devint même en 1937 pendant quelques mois, chauffeur de taxi et dispense des cours de philo aux clients pendant ses courses. La même année il enj vient à brûler ses manuscrits et décide « de ne plus rien écrire » et ne rédige que des ‘fragments’ sur des matériaux divers afin d’être sûr de ne pas être tenté de publier… Puis comme si Pagès était exaspéré de son propre fantasme qu’il venait de créer, décide que Botul se brouille avec ses proches à la fin de sa vie (Sartre, Beauvoir, Bachelard, Merlau-Ponty…) et qu’il meure dans l’indifférence générale, à Lairière le 15 août 47
Lui qui ne voulait pas être publié et -j’imagine- encore moins commenté (si tant est que ce soit un commentaire) il doit sentir le doux souffle de la trahison venir le prendre par surprise dans sa tombe…
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Frédéric Pagès : agrégé de philosophie, il quitte l‘enseignement pour rejoindre « le canard enchaîné » ; il fut l’un des fondateurs de « l’association des amis de JB Botul », association à but promotionnelle pour son fantasme personnifié…
FRANCK SCHWEITZER
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