Pour
une fois, le texte qui va suivre n'est pas le mien. J'ai voulu mettre ici un
éditorial figurant dans l'actuel Magazine des sorties ciné du CAMEO ARIEL
(mars 2009) et il n'est pas pas passé inaperçu à mes yeux, j'en apprécie
même le fond. Il parle du vaste débat concernant le téléchargement illégal sur
Internet. Je vous le retranscris tel quel…
Alors
qu'une loi fait polémique à l'Assemblée Nationale en ce moment et ce depuis
plusieurs mois, à chacun son opinion…
Paradoxalement,
l'ensemble de la profession cinématographique de l'exploitation estime
nécessaire une loi anti-piratage. Rappelons-en les grandes lignes. Plutôt
qu'une loi répressive la profession a opté pour une loi dissuasive, soit
avertissement aux internautes contrevenants, c'est-à-dire ceux qui
piratent ; 2e avertissement ; puis en cas de récidive,
fermeture pour un mois du robinet du net qui alimente leurs ordinateurs. Cette
méthode a porté ses fruits aux USA, elle n'est pas parfaite mais réduit
considérablement (environ 90%) le piratage. Rappelons qu'en France, le sport
national est de transgresser, détourner… et que le nombre annuel de piratages
des films est presque égal à celui du nombre de spectateurs dans les salles. Je
commençais cet édito par « paradoxalement ». En effet,
l'argumentation du secteur commercial et celui du secteur Art et Essai sont
différents. Celui des grands circuits est uniquement économique, d'où un manque
à gagner et une désertification des salles. Celui des salles Arts et Essai est
sans doute économique (nécessité d'équilibrer les comptes) mais avant tout
culturel et éthique.
Le cinéma artistique (celui qui nous intéresse) ne trouve
sa pleine dimension, son plein ressenti, sa pleine lecture que dans la salle de
cinéma. Il est formateur de sensations juste des spectateurs. Tout autre
support est réducteur à 90% des effets produits dans la tête et le cœur des spectateurs.
Tout autre support (et je ne parle ici que des supports légaux) permet
simplement de prendre connaissance et non de vibrer, d'avoir des frissons
esthétiques et d'intelligence. Le piratage permet aux internautes de
s'approprier des films avant ou immédiatement après la sortie en salle. C'est
un détournement complet de la dimension réelle du film et ce n'est pas ainsi
qu'on rendre le spectateur critique et citoyen. C'est purement et simplement un
consumérisme qui « bousille » le film et tire le spectateur vers une
uniformisation du « voir ».
Depuis maintenant 50 ans, le cinéma français tient tête au
cinéma américain. La France est le seul pays de par son système de
production/diffusion/réseau d'exploitation à prouver au monde entier que le
cinéma « art » çà existe et que çà forme des spectateurs exigeants,
critiques, bref citoyens. Pour ces raisons il faut bannir le piratage. Il faut
savoir choisir ; donner le goût du vrai cinéma dans les salles de cinéma
aux jeunes générations, ou au nom d'une prétendue égalité à la culture (culture
qui ici n'en est plus une, ainsi que nous l'écrivions ci-avant), ouvrir tout
grand le robinet du net et légaliser la médiocrité, le consumérisme du
n'importe quoi, n'importe comment.
Nos députés ont la lourde et sérieuse tâche du choix. Subir
la technique du net et du vol légalisé et abandonner tout objectif culturel ou
en encadrer le fonctionnement au travers d'une loi anti-piratage dissuasive. Il
y va de la dimension artistique du cinéma. C'est un véritable enjeu de société :
avaliser les méfaits produits par la technique du net, et en faire en subir
définitivement les effets dévastateurs sur le citoyen spectateur ou encadrer la
technique, donc respecter les œuvres.
HADOPI : Tous sous
contrôle !
Le projet de loi "Hadopi contre le piratage sur
internet" est discutéà l'assemblée. Obsolète avant même d'être voté, Hadopi est
représentatif du climat liberticide ambiant, de la considération
gouvernementale envers les jeunes (des pompes à fric) et de la collusion entre
le législateur et des industries discographiques et audiovisuelles qui, si
elles s'appliquaient à elles-mêmes la logique néo-libérale qu'elles défendent,
devraient disparaitre puisque ayant systématiquement refusé de s'adapter aux
nouvelles technologies. Les majors ont eu le même discours culpabilisant et
répressif au sujet d'Internet depuis 1993.
La loi Hadopi demandera la création d'une police du net
qui ne pourra que vérifier toutes les connexions de l'ensemble des internautes
pour être efficace. En bref, nous vivrons tous sous contrôle ! C'est l'une
des définitions que Michel Foucault donne de la société totalitaire moderne.
Elle passe de la répression à la surveillance préventive. Dans un premier
temps, « Le châtiment est passé d'un art des sensations insupportables à
une économie des droits suspendus »[1]pour ensuite éliminer l'ACTE répréhensif par détection. Nous
aurons droit à une loi en quelque sorte EDWIGE 2.
De plus, cette loi condamne à court terme les créateurs de
logiciels libres qui fonctionnent comme les épiceries en leur temps. Cette loi
aura donc le même effet que la création des supermarchés qui ont condamné les
commerces de proximité à disparaître dans les années 70. C'est donc les petits
et l'innovation que l'on cherche à tuer encore une fois ! Pourquoi ne peut-on
pas alors adopter le système d'une licence globale qui serait équitable pour
tous ?
Stéphane De Bona
Michel Foucault, Surveiller et punir, naissance de la
prison, Paris, Gallimard, 1975, p. 18.
Je suis Auteur Essayiste. Handicapé infirme moteur cérébral depuis la naissance, je ne devais pas être capable de faire des études. Pourtant, à force de volonté, j’ai réussi à passer mon bac en administration (STT aca) et fait un essai infructueux en psychologie. Je me suis alors tourné vers la philosophie : c’était la matière que j’avais choisie en option. Instituée par la réforme Universitaire de François Bayrou pour la première année de DEUG, cet amendement m’a permis de trouver ma voie. Ma nouvelle passion et la bonne ambiance de travail amical m’ont amené à obtenir mon DEUG de philosophie assez facilement. D’autre part, le mouvement associatif en philosophie a créé des liens entre les étudiants et les professeurs qui nous ont poussés, par la suite, à nous battre pour l’ouverture d’un second cycle. Notre petit groupe soudé a du faire un détour, pendant un an, en ethnologie avec une option philosophie, en attendant avec impatience de retrouver nos premières amours. Ce petit éloignement n’a pas été dépourvu d’intérêt : il nous a fait découvrir une discipline complémentaire de la philosophie. Je suis aujourd'hui, titulaire de deux maîtrises : une en philosophie et l'autre en ethnologie (étude des rites et coutumes des différents peuples de la planète ou d'une région). Je suis également à l'origine de la création de la revue de philosophie de METZ "Le Jardin". J'aime la politique et la finance. Je souhaite faire de mon blog, un lieu de débat. Il a pour but d'ouvrir plusieurs pistes de réflexions sur des questions publiques qui engagent l'avenir de la société Française et Européenne. Je donnerai également chaque dimanche des conseils boursiers qui, j'espère, seront "des coups de génie".