C'est une équipe de chrétiens qui s'engage à visiter et accompagner les personnes malades ou handicapées régulièrement pour :
-leur apporter le réconfort d'une présence et d'une écoute bienveillante, un soutien dans la souffrance et la solitude
-les maintenir en lien avec ce qui se passe dans le monde, la cité, la paroisse, …
-les amener avec tact et respect de leur liberté à s'ouvrir au Seigneur par la prière et les sacrements
-rendre attentive la communauté chrétienne à la présence des personnes malades.
Ces chrétiens se réunissent régulièrement en équipe pour réfléchir à leur action à la lumière de l'évangile, pour mettre en commun leur vécu avec les joies mais aussi les difficultés rencontrées parfois lors des visites, pour se former à l'accompagnement des malades.
Ce service est en lien avec l'évêque par le relais des prêtres et responsables diocésains et avec les autres services de la pastorale de la santé.
Il s'adresse à toutes les personnes qui le désirent, quelque soit leur âge, leur maladie ou leur handicap et leur foi. Les visites ont lieu quelque soit le lieu de résidence.
Marie-Claire et le S.E.M.
Comment vous êtes vous investi auprès des malades ?
Etant infirmière à la retraite et suivant les cours de théologie à l'université, j'ai été amenée naturellement à m'engager en aumonerie hospitalière. Actuellement, je fais partie de l'équipe de l'hôpital St Maurice de Moyeuvre. Nous visitons les personnes malades, prions avec celles qui le désirent, leurs portons la Communion., Etre disponible pour permettre à la personne d'exprimer ce qu'elle ressent ou être présente fut-ce dans le silence est le plus important : il faut prendre le temps de l'écoute. Nous sommes des témoins de l'action de Dieu dans la vie des hommes d'aujourd'hui. C'est le Seigneur qui agit dans le secret des cœurs. En tant que personne humaine, notre identité se révèle autant qu'elle se construit dans la souffrance et dans la joie qui est le Don de soi et le Reçu d'autrui.
Sur la demande du prêtre de notre Communauté de Paroisses, nous mettons sur pied, une équipe S.E.M. (Service de l'Evangile auprès des Malades). C'est un service d'Eglise qui s'appuie sur la Parole « J'étais malade et vous m'avez visité », et dont la mission est de visiter et d'accompagner à leur domicile, dans les maisons de retraite, des personnes que la maladie, la vieillesse ou le handicap isolent malgré elles. En les visitant, nous témoignons de la place qu'elles gardent au sein de la communauté. En collaboration avec notre prêtre et la Pastorale de la Santé Diocésaine, l'équipe S.E.M. se compose de membres de la communauté chrétienne qui sont envoyés comme présence d'Eglise pour assurer un accompagnement au nom de Jésus-Christ. Par une présence fraternelle, les visiteurs proposent à ceux qui le demandent (mais aussi aux oubliés qu'un voisin attentif signalera, avec son accord) la prière, la communion, le sacrement des malades dans le respect et la liberté de chacun.
Quel est le sens de votre engagement ?
Dans mon rôle d'animatrice, mon souci premier est la bonne santé du groupe et faire le lien entre : la Pastorale de la Santé Diocésaine et l'équipe, les personnes visitées et le prêtre s'il y a une demande sacramentelle, les membres de l'équipe en les conviant à des temps d'échange et de partage fraternel. Mon espérance personnelle est de devenir un canal où le Seigneur peut faire passer sa miséricorde et de prouver sa présence aux côtés de mes frères souffrants.
Il y a quelques semaines, le pape Benoît XVI a annoncé la réintégration de la partie négationniste et intégriste de l'église catholique. Depuis, les paroles révisionnistes et négationnistes se multiplient, c'est pour cela que les intellectuels catholiques se sont regroupés pour demander l'annulation de cette décision. Une pétition est ouverte dans l'hebdomadaire « la Vie », elle est précédée d'un appel que vous trouverez ci-dessous. Je tiens à rappeler également que les hommes d'église doivent être irréprochables et surtout qu'ils sont également dotés de raison et d'un libre arbitre. C'est d'ailleurs, l'un des pères de l'église Saint-Thomas d'Aquin qui l'a démontré. On pourrait signer cette pétition en cliquant sur le lien ci-dessous, mais avant cela vous pourrez retrouver un petit rappel théologique.
Biographie de saint Thomas d'Aquin
Thomas d'Aquin (1228-1274) Né dans la région de Naples, il entre chez les Dominicains vers l'âge de 18 ans. En 1257, après des études à Naples et à Cologne, il devient maître de théologie à l'université de Paris. Il enseigne ensuite à Rome puis à Naples. Il meurt en 1274 alors qu'il se rend au concile de Lyon. Élaboré dans un contexte une redécouverte des écrits d'Aristote le thomisme se veut une synthèse des thèses païennes d'Aristote et des doctrines des pères de l'église ainsi qu'une réconciliation de la fois et de la raison (une théologie rationnelle) qui fait l'objet d'un écrit majeur sa « Somme théologique ».
Extrait de la Somme théologique
« Il existe chez l'homme un désir naturel de connaître les causes de ce qu'il voit. L'étonnement suscité par les réalités visibles, dont la cause reste cachée, provoque la spéculation philosophique, qui n'est satisfaite que par la découverte de cette cause. La recherche philosophique ne peut trouver son terme que dans la cause première. Nous n'estimons notre science comme achevée que lorsqu'elle nous procure la connaissance de cette cause. La cause première de tout est Dieu. La fin dernière de l'homme est donc de connaître Dieu.
L'homme désire naturellement connaître la cause de tout effet connu. L'intellect humain connaît l'être universel, il a donc un désir naturel de connaître sa cause, qui n'est autre que Dieu. Or l'homme ne peut atteindre la fin dernière tant que son désir naturel n'est pas satisfait. Donc aucune connaissance intellectuelle ne saurait conduire l'homme au bonheur, c'est-à-dire à la fin dernière, sans la connaissance de Dieu, qui seules comblent le désir naturel de l'homme ».
Saint-Thomas d'Aquin
Sommes contre les gentils III, chapitre 25, éditions du cerf 1968.
« Il est nécessaire que l'homme et le libre arbitre, par le fait même qu'il est doué de raison.»
Somme théologique, question 83, article 1, réponse, éditions du cerf
L'appel des intellectuels catholiques
« Je crois que les chambres à gaz n'ont pas existé ». Cet infâme credo qui n'a rien voir avec le christianisme, nous l'avons entendu jeudi 22 janvier dans la bouche de Mgr Richard Williamson, l'un des quatre évêques intégristes ordonnés en 1988 par Mgr Lefebvre. Ce n'est d'ailleurs pas une surprise : depuis des années, ce prélat multipliait les déclarations provocatrices.
Or, la levée deux jours après des excommunications frappant les Lefebvristes a créé une tragique ambiguïté, laissant à penser que Rome réhabilitait le négationnisme ou du moins le considérait comme une opinion licite voire innocente.
Cette ambiguïté est tout simplement insupportable.
Insupportable, parce que derrière le masque du négationnisme, on découvre le visage du plus hideux antisémitisme.
Insupportable, parce que depuis un demi-siècle, de Jean XXIII à Benoît XVI, l'Eglise a entrepris une longue démarche de repentance à propos de l'antijudaïsme. Elle n'a cessé de chercher la rencontre et la réconciliationavec ceux que Jean Paul II appelait « nos frères aînés ». Ce faisant, elle a retrouvé ses racines : Jésus, Marie, les disciples étaient juifs.
Nous, signataires de cet appel, considérons donc les propos de Mgr Williamson comme une atteinte personnelle à notre foi chrétienne.
Nous estimons que cet évêque ne saurait trouver sa place dans l'Eglise, sans repentir sincère et explicite de sa part.
Nous demandons au pape de condamner clairement les propos de Mgr Williamson. C'est à nos yeux, désormais, le seul moyen de réparer les dommages que cette situation fait connaître à l'Eglise elle-même.
Le carême vient du latin quadragesima (dies) : quarantième (jour). En ancien français, on écrivait quaresme. On devrait même plutôt dire : la carême, comme l'italien quaresima et l'espagnol cuaresma. Autrefois, on employait aussi le terme de (sainte) quarantaine pour désigner le carême. C'est un temps de pénitence et d'approfondissement de la Foi. Durant cette période, les chrétiens sont appelés à faire œuvre de charité. À l'origine, le Carême commençait un dimanche, le 40e jour avant le Jeudi saint. Cette fête est l'occasion de préparer la résurrection du Christ venu libérer les hommes du mal, le jour de Pâques. Le pape Grégoire le Grand a avancé le début du carême au mercredi précédent : Le carême commence désormais le mercredi des Cendres et s'achève le Samedi saint. Les 7 derniers jours correspondent à la Passion du Christ, c'est la semaine Sainte. Le carême correspond à une période de 40 jours de jeûne mais les dimanches ne sont pas jeûnés.
Pourquoi 40 jours ? On retrouve ce chiffre plusieurs fois dans la Bible : les 40 jours du déluge, les 40 ans de l'exode des hébreux (peuple juif), et le retrait de Jésus de Nazareth dans le désert de Judée, au milieu des bêtes sauvages, servi par les anges et tenté par le diable... Ce chiffre exprime une attente qui se conclut par un changement.
De nos jours, le carême a perdu beaucoup de ses rituels. Pour la majorité des personnes, ce temps se résume à l'optique d'une privation alimentaire qui ne se traduit pas réellement dans les faits. Toutefois, certains catholiques se rencontrent toujours une fois par semaine pour partager un moment de réflexion autour de textes à thème défini chaque année par les évêchés (création du Diocèse de Metz qui a été reprisee dans toute la France) et réunis dans un fascicule de « Carême à domicile ».
Le Mercredi des Cendres
Ce jour suit celui du Mardi Gras (fin du Carnaval) et ouvre le temps du carême. C'est l'un des 2 jours de jeûne avec le Vendredi Saint, encore pratiqué de nos jours. Les catholiques se rendent à l'église pour l'imposition des Cendres, symbole de repentance. Le prêtre fait un signe de croix sur le front en prononçant ces paroles de la Genèse : « Homme souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière. ».
Les cendres proviennent du buis bénit de l'année précédente qui a été brûlé pour la cérémonie, suivant une tradition qui remonte au XIIe siècle. Malgré le sérieux de la cérémonie, ce rituel fait souvent l'objet de moments humoristiques, surtout chez les enfants qui voient là, une sorte de maquillage.
La pénitence dans les trois grandes religions monotéïstes
On peut noter, que dans les trois grandes religions du Livre (la Thora pour Juifs, la Bible pour les Chrétiens et le Coran pour les Musulmans) qui ont vu leur naissance sur une même terre : la Judée, il existe un temps de pénitence. Pour les juifs, c'est la période du Shabbat qui précède la Pâque juive. Pour les catholiques, c'est le temps du carême et enfin, pour les musulmans c'est celui du ramadan qui précède l'Aïd (fête de la rupture du jeûne). Dans les trois cas, les croyants doivent faire preuve de charité et ouvrir leur esprit pour faire grandir leur Foi. Les musulmans tant décriés sont aujourd'hui pratiquement les seuls à respecter ce précepte. Ces rites sont tous trois des appels à la tolérance et au partage.
En Irak, dans un pays déchiré par les conflits ethniques et par le terrorisme, les chrétiens sont isolés. L'écrivain appelle les Français à leur manifester leur solidarité.
L'Irak est un pays dévasté par la dictature, par la guerre, par le terrorisme, par la misère. Tous, dans cette région si éprouvée, sont frappés par le malheur. Un petit nombre d'Irakiens sont plus malheureux, plus isolés, plus menacés encore que les autres : les chrétiens. Descendants des contemporains d'Abraham - parti d'Ur, en Chaldée -, héritiers d'une des premières communautés par lesquelles est parvenu jusqu'à nous le message du Christ, les chrétiens d'Irak parlent une langue dérivée de l'araméen, la langue de Jésus. Ils constituent une minorité d'environ un million d'individus. Mais ce qu'ils représentent pour le monde dépasse de loin leur nombre. A la croisée de l'Orient et de l'Occident, au coeur des guerres et des violences, ils rappellent la permanence de cette révélation vieille de deux mille ans : tous les hommes sont frères.
Devant l'adversité, un certain nombre d'entre eux ont tenté de se réfugier dans les pays voisins : Syrie, Jordanie, Turquie. Leurs conditions de vie sont affreusement difficiles. Beaucoup sont restés en Irak et leur situation est plus dure que sous le régime de Saddam Hussein. Les épreuves les plus cruelles les accablent. Ils sont la cible des fondamentalistes. Leurs églises sont détruites. Plusieurs de leurs prêtres ont été assassinés, et tous vivent sous la menace. Les demandes de rançon, les enlèvements, les tortures physiques et morales se multiplient. Ils ne reçoivent aucune aide. Ils ne disposent d'aucun recours.
A l'intérieur ou à l'extérieur, la vie des chrétiens d'Irak est un martyre permanent. Pour qu'ils puissent continuer à porter témoignage de leur fidélité, il leur reste un seul espoir : la solidarité des autres chrétiens du monde.
Chrétiens de France, je m'adresse à vous à l'instigation de Pax Christi, qui m'a demandé de rédiger cet appel. Vous avez le devoir d'apporter votre soutien à vos frères d'Irak. Il faut que les chrétiens d'Irak sachent qu'ils ne sont pas abandonnés, que d'autres chrétiens pensent à eux, prient pour eux, agissent pour eux, que tous les efforts seront faits pour améliorer leur existence quotidienne, et qu'il y a pour eux, dans leur longue nuit, quelque chose qui ressemble, au loin, à une lueur d'espérance.
Née en Allemagne, la couronne de l'Avent devait rappeler aux Chrétiens le retour annuel et immuable du Christ au mois de décembre. L'histoire raconte qu’elle aurait été inventée dans un orphelinat de Hambourg, par le pasteur Heinrich Wichern. Il avait recueilli des enfants très pauvres et s’occupait d’eux. Comme, pendant le temps de l'Avent, ils lui demandaient toujours quand Noël allait enfin arriver, il fabriqua en 1839 une couronne avec quatre cierges blancs.La couronne de l’Avent est un signe qui évoque le soleil et annonce son retour. Pour les chrétiens, elle est le symbole du Christ Roi, le houx rappelant la couronne d’épines posée sur sa tête avant la crucifixion. Elle est composée de quatre bougies, préfigurant les quatre Dimanche de l’Avent, qui sont allumées l’une après l’autre jusqu’à la dernière, le dernier Dimanche avant Noël, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre.
L'Avent
L’Avent, du latin adventus, est un terme qui signifie la venue, l’arrivée. Pour les chrétiens, cette période de l’année liturgique est employée pour désigner le temps des quatre semaines qui précèdent la naissance du Christ. Ce temps est ponctué principalement par les quatre Dimanche avant Noël, où les croyants se préparent à la venue du Christ, leur Messie, parmi les hommes. L’Avent marque le début de l’année liturgique chrétienne. Le symbole principal de l’Avent est la lumière qui se rattache à la naissance et donc au premier cri de l’enfant mis au monde. Elle chasse la grisaille et l’obscurité du temps. Cette symbolique est reprise de la fête païenne du solstice d’hiver. La lumière représente l’espoir d’un monde meilleur et la lutte du bien contre le mal. Du chaos doit surgir la bonne nouvelle amenée par le Christ. Le temps de l’Avent est également une période d’attente, de mise en veille où nous préparons Noël dans les villes, les campagnes et les maisons. Le premier Dimanche évoque la venue du Seigneur à la fin des temps. Le deuxième et le troisième Dimanche, Jean-Baptiste, le précurseur, annonce et prépare la venue de Jésus. Le quatrième raconte les évènements importants qui précèdent la venue du Sauveur (annonces à Joseph, à Marie et Visitation). Cette tradition nous provient des premiers chrétiens qui préparent la nuit de Noël et la célébration de la première venue du Fils de Dieu. Ce temps, chaque année renouvelé, ouvre notre esprit vers la seconde venue du Seigneur qui préfigure la fin des temps. Depuis deux milles ans, nous attendons la parousie (la présence du Christ à la fin des temps. Il reviendra pour instaurer le royaume de Dieu après le jugement de tous les hommes, vivants et morts).
Je vous livre ce soir un commentaire de texte biblique, que j'ai réalisé pour une revue paroissiale. Après la lecture de ce texte les corédacteurs du journal ont décidé qu'il était trop compliqué pour le commun des mortels. D'après moi, si ce texte est difficile pour la plupart des gens c'est très grave. Le niveau intellectuel de la France est dangereusement bas. Je vous serais reconnaissant de laisser vos impressions.
Un commentaire soi-disant difficile
« Nous ne sommes précédés d'aucun testament » René char. C'est la phrase qui ouvre l’un des livres principaux de la philosophe juive Hannah Arendt : La crise de la culture. Dans cet ouvrage, elle démontre que l'oubli de nos traditions et que l’idée de faire table rase du passé, nous fait courir de graves dangers. Ne sommes-nous pas sur cette pente ? C'est donc en commentant des références bibliques, que je voudrais mettre en valeur toute l'actualité du texte fondateur du christianisme. Je souhaite également recréer un lien rompu entre la philosophie et la religion. Croire ne dispense pas de penser ! Bon nombre de philosophes reconnus sont d'ailleurs les pères fondateurs de l'église. Parmi les plus remarquables on trouve Saint-Thomas d'Aquin ou encore Saint-Augustin pour ne citer que les plus connus. Voici ce premier regard sur une phrase symbolique :
"Vous ferez cela en mémoire de moi". Lorsque le Christ prononce cette phrase, il sait déjà que sa fin est proche. Ce dernier repas (la cène) doit être pour lui l'occasion de passer le flambeau à ses apôtres. Le mot mémoire est de toute première importance. La mémoire et la reproduction sont ici la seule garantie pour le Christ que sa mort ne soit pas vaine. En reproduisant ces gestes, ses apôtres devront faire preuve d'humilité et se remémorer que l'homme n'est pas tout puissant sur terre. Dieu, nous a seulement dotés d'un libre arbitre pour que nous puissions faire les meilleurs choix possible en notre âme et conscience dans l'intérêt général. La mémoire dans ce contexte permettra aux hommes de se rappeler que dieu s’est incarner sous la forme de son fils Jésus. Un fils qui a dû vivre le martyre de la crucifixion pour absoudre l'humanité de ses Pêchés. En prononçant ces paroles, Jésus fait don de sa mort à l'humanité et lui demande une « obéissance aimante ». Jésus, par ces mots, rend humanité responsable de ses actes. Le verbe faire est décisif car il signifie que nous sommes les dépositaires de la mémoire du Christ et que sans la reproduction de la cène, l'humanité pourrait retomber dans les mêmes travers. En bref, cette phrase permet à l'homme de méditer sur sa condition tout en lui rappelant qu'il n'est pas seul sur terre comme dans l'autre monde. Ce dernier repas et ces mots préparent également au deuil. C'est l'espoir d'une autre vie dans l'au-delà ou la conviction que notre passage ici-bas n'a pas été vain, pour les non-croyants. De notre mémoire, écrite ou verbale, nos descendants pourront tirer le meilleur parti pour améliorer le sort de l'humanité.
Stéphane De Bona
Deuxième regards sur le texte
Lorsque le Christ prononce cette phrase, il sait déjà que sa fin est proche. Il s’adresse à ses apôtres lors du dernier repas (la Cène) avant sa crucifixion. Mais, au-delà de ses amis présents à ce moment là, c’est toute l’assemblée des chrétiens qui est concernée. En effet, les disciples de Jésus ont eu pour mission d’annoncer le message du Christ : l’avenir d’un monde dans l’au-delà où règne le bien et la vie éternelle auprès de Dieu le Père. Et à leur suite, tous les membres de l’Eglise, du Pape au plus petit des fidèles, sont chargés du même message.
En reproduisant les gestes du Christ au cours de la messe, pendant la consécration : la bénédiction du pain et du vin, qui symbolisent le corps du Christ souffrant sur la croix et son sang versé pour sauver tous les hommes du mal, puis le partage avec toute la communauté, nous nous rapprochons de Jésus qui est au milieu de nous, vivant et ressuscité.
En faisant « mémoire », comme il nous l’a demandé, le Christ est toujours présent, et il nous conduit à son Père. Il nous montre le chemin pour notre avenir. Lorsque le Christ demande de faire ses gestes en mémoire de lui, il demande de perpétuer le souvenir de son dernier repas.
Le Vatican vient de publier sur son site Internet les 10 commandements du bon automobiliste. Je vous laisse découvrirent l'essentiel du contenu. Tout est possible pour attirer les croyants, même faire de l'ethnocentrisme. J'attends vos commentaires !
Dépêche Reuters
Tu ne conduiras pas sous l'empire de l'alcool. Tu respecteras les limitations de vitesse. Tu ne considéreras pas ta voiture comme un objet de vanité personnelle, ni comme un lieu de péché.
S'écartant de son domaine théologique traditionnel, le Vatican a publié mardi son propre code de la route sous forme de dix recommandations d'ordre moral aux automobilistes.
Le document de 36 pages couvre un vaste champ allant du respect des piétons au bon entretien de son véhicule en passant par la maîtrise de ses nerfs au volant.
"La voiture tend à faire ressortir le côté 'primitif' des êtres humains", souligne ce code de bonne conduite, qui incite les conducteurs à lutter contre cette "régression psychologique" en privilégiant les "tendances nobles" de l'âme humaine, comme l'esprit de responsabilité et le contrôle de soi.
Le cinquième commandement de l'automobiliste stipule: "La voiture ne doit pas être pour toi une expression de puissance et de domination, ni une occasion de péché".
Prié, lors d'une conférence de presse, de préciser à quelle occasion la voiture peut être pour son utilisateur l'occasion de pécher, le cardinal Renato Martino a laconiquement répondu: "lorsque la voiture est utilisée comme un lieu de péché".
Les propriétaires de Ferrari et autres voitures de luxe se sentiront visés par la dénonciation des automobilistes qui utilisent leur véhicules "pour jeter de la poudre aux yeux ou comme moyen de faire de l'ombre à autrui ou de susciter la convoitise".
Les conducteurs sont enfin conviés à bien se comporter en évitant notamment "l'impolitesse, les gestes grossiers, les injures et les blasphèmes".
Intitulé "Recommandations pour un attitude pastorale sur la route", le document du Vatican encourage enfin les automobilistes à prier au volant... mais pas les mains jointes.
Aujourd’hui s’ouvre la période de carême chez les chrétiens. Il débute, après le Mardi Gras, par le Mercredi des Cendres. Au cours d’une célébration, les catholiques se font signer d’une croix par des cendres sur le front. Ce symbole rappelle que l’homme n’est que poussière et qu’à la fin de sa vie, il retournera à la terre, en poussière. Le Mercredi des Cendres est l’un des deux jours de jeûne, avec le Vendredi Saint, du calendrier actuel de l’Eglise catholique. C’est un jour de pénitence qui doit aider l’homme à se repentir de ses fautes afin d’obtenir le pardon de Dieu. C’est le début d’une période de 40 jours destinée à faire preuve de repentance, de plus de charité dans le but de fortifier sa foi. Elle se termine le jour de Pâques, avec la résurrection du Christ. Le chiffre 40 exprime une attente qui se conclue par un changement. En effet, on le retrouve souvent dans la bible évoquant des périodes difficiles pour l’homme (40 jours de Déluge, 40 ans de l’Exode des Hébreux, 40 jours de tentation de Jésus dans le désert de Judée, …).
Le Christ, et l'Eglise à sa suite, nous propose trois moyens concrets pour vivre le Carême : la prière, le jeûne et le partage.
La prière : Découvrir et approfondir la présence vivante et vivifiante du Christ dans notre coeur. La prière et les sacrements constituent la clef de voûte de toute la vie chrétienne.
Le jeûne : Ce n'est pas tellement à la mode. Nous sommes invités à nous passer du superflu et même du nécessaire pour signifier concrètement que, ce qui seul nous est nécessaire, ce qui seul peut combler notre coeur, c'est le Christ. "Cherchez d'abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné en plus". Ce jeûne creuse en nous le désir de Dieu. Il ne s'agit donc ni d'accomplir des prouesses ascétiques, ni de suivre des régimes amaigrissants, mais de nous préparer à recevoir Celui qui en se donnant, nous donne tout. Ces efforts peuvent porter sur la nourriture - c'est le premier sens du jeûne - mais aussi sur bien d'autres points qui tiennent une certaine place dans nos vies : TV, loisirs...
Le partage : Ce que nous avons et ce que nous sommes sont des dons que Dieu nous fait pour que nous puissions en faire participer ceux qui nous entourent. En parlant des premiers chrétiens, saint Luc écrivait, qu'ils n'avaient qu'un coeur et qu'une âme, qu'ils étaient fidèles à la prière et qu'ils mettaient tout en commun. Ce temps du Carême nous invite ainsi à mettre en commun, à partager, ce que nous avons et ce que nous sommes; c'est-à-dire nos biens matériels, ainsi que notre temps, nos compétences...
On peut noter que la période du Ramadan, tant décriée par les autres confessions, fait appel aux mêmes principes que le Carême. Les trois religions du Livre, le Judaïsme, le christianisme et l’Islam sont des religions de tolérance et de partage. Elles ont un pilier commun : la charité qui donne aux croyants l’espérance d’accéder au monde futur, aux côtés de Dieu.
Stéphane De Bona
Benoît XVI a effectué un voyage officiel en Allemagne durant lequel il a accumulé des maladresses. Celles-ci peuvent avoir de graves conséquences pour les relations entre l’église catholique et l’Europe, mais aussi avec le reste du monde, et en particulier les pays musulmans. Tout d’abord, il a rappelé à Munich, sa ville natale, que le rôle de l’église n’était pas en premier lieu de faire du social mais de prêcher la bonne parole en se recentrant sur la prière.
Il est vrai que Dieu avait envoyé le Christ sur terre pour propager la bonne parole, suivi par ces disciples détaché dans le monde entier. Mais le Christ n’a-t-il pas été le premier par ces actes à faire preuve de charité et à œuvrer socialement ?
D’après le Pape, nos oreilles seraient sourde à la religion et donneraient une trop grande place aux techniques issues de la raison. Les techniques n’apporteraient rien de plus à l’humanité. Il en a donné pour preuve que le Sida n’a pas disparu avec le port du préservatif, rallumant ainsi de manière indirect la polémique qu’avait lancé son prédécesseur Jean-Paul II en prônant la chasteté.
Deux jours plus tard à l’université de Ratisbonne en Bavière où il a enseigné de 1969 à 1977 le Pape a allumé une seconde mèche en débattant de la place de l’Islam dans le monde et en condamnant la guerre Sainte. Là où Jean-Paul II recherché le dialogue avec les autres religions, dont l’Islam, Benoît XVI préfère la controverse intellectuelle. Il a rappelé un épisode ayant opposé au XIVème siècle les empereurs chrétiens de Constantinople aux juristes musulmans : « Montez moi ce que Mahomet a apporté de nouveau. Vous ne trouverez que des choses mauvaises et inhumaines, comme le droit de défendre par l’épée la fois qu’il prêché ». Cette citation est tirée de l’empereur Manuel II, paléologue, en 1331. Un peu plus tard, il s’en prend à l’héritage du « siècle des lumières » expliquant que la raison, c’est à dire l’esprit scientifique, nous détourne de Dieu, ce qui confirment les propos tenus deux jours auparavant. Il y revient en ces termes : « l’esprit des lumières a conduit la science à rechercher une explication du monde dans laquelle Dieu devient superflu ». Plus tard il rajoute : « l’homme ne peut pas se résoudre à n’être qu’un résultat de l’évolution accidentelle ». D’après lui l’Islamisme et le Darwinisme sont les ennemis de notre civilisation. Mais il a sans doute oublié que les sciences remontent à l’Antiquité grecque et quelle ne remettent pas en cause la place de Dieu dans la création du monde ; mais ne font que constater que les processus qui ont conduit à l’évolution de l’humanité. Le grand philosophe Emmanuel Kant, qui met en avant la raison comme système de la pensée humaine, n’oubli à aucun moment qu’une force nous est supérieur, celle de Dieu en l’appelant la transcendance. Dieu nous a laissé notre libre arbitre pour diriger notre vie et il n’est pas responsable des erreurs humaines. C’est donc à chacun de gérer sa propre vie, comme il l’entend, et se n’est certaine pas, comme l’a dit dans l’Evangile, en jetant la première pierre sur ceux qui sont différents de nous que l’humanité sera sauvée.
De plus, ces propos sur l’Islam, bien qu’étant une citation du XIVéme siècle ne pouvaient qu’être compris que maladroitement par le monde musulman, étant donné qu’ils sont sortis de leur contexte. Il ne fallait donc pas prendre ce risque inconsidéré, car ceci peut être entendu comme un soutient à la croisade menée par Georges Bush au Moyen-Orient. Espérons que les paroles de Benoît XVI ne sont que des propos maladroits engendrés par ces difficultés de communication avec la presse.
Stéphane De Bona
1- Présentation du thème
Aprés la deuxième guerre mondiale, Hannah ARENDT, philosophe juive allemande, disciple d'Heideger ( philosophe allemand ayant participé un certain temps au régime nazi ) entreprend un travail d'enquêtes afin de comprendre les origines des différents régimes totalitaires. Ce travail se découpe en trois ouvrages :
- elle explique tout d'abord sur quoi s'appuie le concept de l'antisémitisme
- ensuite, elle démontre que les origines d'une société totalitaire sont déposées par des velléîtés impérialistes,
-puis elle décortique les différents principes sur lesquels s'appuient les régimes totalitaires pour arriver à leur fin, c'est à dire la domination totale de l'individu et de la société.
Pour terminer, elle va assister, à Jérusalem, au procés d'Eichmann pour valider sa vision des régimes totalitaires, et elle publie son rapport du procés en tirant des conclusions : le concept du mal radical Kantien utilisé dans les origines du totalitarisme s'avèrent inexactes et il serait plus judicieux de le remplacer par le concept de la banalité du mal.
Pour plus de compréhension, il est nécessaire de se rapporter à la table des matières de l'ouvrage, dont voici le résumé :
Les origines du totalitarisme
Préfaces ( 1-2-3) de la page 177 à 195
L'antisémitisme : - l'antisémitisme, insulte au sens commun p.217
- les juifs, l'état-nation, et la naissance de l'antisémitisme p.229
- les juifs et la société p.283
- l'affaire Dreyfus p. 327
L'impérialisme : - l'émancipation politique de la bourgeoisie p. 369
- la pensée raciale avant le racisme p. 415
- race et bureaucratie p. 451
- l'impérialisme continental : les mouvements annexionistes p. 501
- le déclin de l'état-nation et la fin des droits de l'homme p. 561
Le totalitarisme : - une société sans classes p. 611
- le mouvement totalitaire p. 657
- le totalitarisme au pouvoir p. 719
- idéologie et terreur : une forme nouvelle de régime p. 813
Textes complémentaires p. 839
Correspondances et dossier critique p. 939
Eichmann à Jérusalem : rapport sur la banalité du mal ( de la page 977 à 1289 )
2 - La démarche
C'est en partant de cet ouvrage que j'ai pu établir un recoupement entre la situation d'avant la deuxième guerre mondiale et les événements du 11 Septembre 2001 et du 21 Avril 2002.
J'ai alors entrepris une démarche de travail d'enquête qui m'a conduit à réaliser deux entretiens auprés de deux femmes musulmanes pratiquantes. Ces entretiens ont duré, tous deux, 30minutes, me laissant entrevoir une problèmatique difficile à résoudre : les événements du 11 Septembre et du 21 Avril peuvent-ils engendrer le totalitarisme? Ces événements sont-ils dus à un choc des civilisations ou à du terrorisme engendré par des groupes fanatiques?
3 - EntretiensPremier entretien : femme A ( étudiante en sciences humaines )
S.DB : Bonjour mademoiselle. Je vous remercie d'avoir accepter de me consacrer quelques minutes de votre temps. Actuellement, je passe un certain temps sur une étude éthnologique à propos de ce qui nous a conduit aux événements successifs du 11 Septembre 2001 et du 21 Avril 2002.
Je vais conduire cet entretien à partir de quatre grandes questions. Avec votre accord, nous allons commencer.
Première question : Est-ce que les événements du 11 Septembre 2001 et du 21 Avril 2002 ont changé quelque chose dans votre vie?
Femme A : - Oui, puisque depuis le 11 Septembre, et encore plus depuis le 21 Avril, j'évite tout contact m'amenant à parler de ma religion. Cela m'évite des problémes de discrimination raciale. Mon appartenance à la communauté musulmane peut me conduire à ne pas être reconnue et intégrée par les "français de souche"
S.DB : - Mais, cette discrimination n'avait-elle pas lieu déjà avant ces événements?
Femme A : - Je suis étudiante à la faculté depuis plusieurs années déjà, et personnellement, je ne ressentait pas d'hostilité envers moi dans le milieu étudiant, tout comme maintenant, alors que je la ressent à présent dans le reste de la société.
Deuxième question : Mettez vous ces deux événements au même niveau de gravité ou l'un vous parait-il plus légitime que l'autre?
Femme A : - Non, j'établis une distinction forte entre ces deux événements. Le 11 Septembre me parait la conséquence de la politique occidentale, et plus particulièrement américaine, qui est menée au moyen Orient : les américains se sachant la première puissance mondiale, sans rival depuis la fin de la guerre froide, se donnent tous les droits dans cette partie du monde, car elle regroupe de forts intérêts économiques pour les Etâts-Unis ( marchés émergeants et pétrole : l'or noir ). Ceux-ci veulent donc les obtenir à moindre coût en imposant leur vision politique de la région et en niant l'identité culturelle des peuples. C'est grave, mais moins que les conséquences du 21 Avril : je suis d'origine algériène, mais d'abord française; et la présence de Jean-Marie LE PEN au 2ème tour de la présidentielle m'a choqué, car je pense qu'ube majorité de musulmans fait de gros efforts pour s'intégrer.
S.DB : - Mais, ne penses-tu pas que la France ne fait pas assez d'efforts pour vous aider à vous intégrer?
Femme A : - Qu'entends-tu par là?
S.DB : - N'êtes-vous pas pénalisé par le manque de lieu pour pratiquer votre culte? Et penses-tu que le port dutchador est aussi légitime que le port de la croix pour un chrétien?
Femme A : - La mosquée n'est pas indispensable et aussi importante que l'église pour les chrétiens : nous pouvons prier dans n'importe quel endroit, à partir du moment où nous nous tournons vers La Mecque. Quant au tchador, il est pour moi, la marque de la soumission de la femme dans la société musulmane. Evidemment, il en est question dans le coran, mais je pense que celles qui le portent n'ont pas d'esprit critique, comme j'ai pu l'acquérir en étant étudiante.
S.DB : - Mais trouves-tu normal que l'on concentre la majorité de la communauté ,musulmane dans les banlieues, et n'était-ce pas propice à la montée de la révolte et de l'incivilité?
Femme A : - Peut-être, mais ce n'est pas une excuse, et on peut en sortir ( en faisant beaucoup d'efforts ) si on le veut.
S.DB : - Revenons aux événements du 11 Septembre 2001 et du 21 Avril 2002
Question 3 : Peut-on les caractériser, selon vous, d'événements fondateurs d'un nouveau totalitarisme?
Femme A : - Oui, je pense que ces deux événements peuvent nous amener à des événements plus graves qui nous conduiraient à un conflit de civilisation. Pour moi, il y a des fanatiques de tous les côtés. Malgré tout, je crois en la force de mon pays : la France, pour surmonter la vague de racisme qui a déferlé le 21 Avril
Question 4 : D'aprés vous, ces deux événements sont-ils dus à un manque de reconnaissance des différentes communautés qui constituent la France, et par un manque de tolérance?
Femme A : - Oui, tout à fait, puisque la richesse de ce pays, c'est tout d'abord sa diversité culturelle. Si on se rapporte à l'épuration éthnique de la deuxième guerre mondiale, ce procédé aboutirait à l'élimination de la majorité du peuple français puisque le concept de "français de souche" n'existe pas. On peut même dire que, souvent, les plus racistes ne sont pas eux-mêmes, ce qu'ils voudraient être, des "français de souche".
Deuxième entretien : Femme B ( étudiante en lettre dans une faculté de la région Alsace-Lorraine )
S.DB : - Bonjour, mademoiselle. Merci de m'accorder un peu de votre temps et d'avoir répondu favorablement à mon invitation pour réaliser mon étude, qui consiste à analyser les événements du 11 Septembre 2001 et du 21 Avril 2002.
Question 1 : Est-ce que les événements du 11 Septembre 2001 et du 21 Avril 2002 ont changé quelque chose dans votre vie?
Femme B : - Cela n'a rien changé puisque je suis victime d'une discrimination raciale ambiante depuis des années, sûrement due au port de mon foulard islamique, et je trouve quand même inadmissible que notre religion ne soit pas reconnue en France.
S.DB : - Question 2 : Mais mettez-vous ces deux événements au même niveau de gravité ou l'un vous parait-il plus légitime que l'autre?
Femme B : - Non, puisque le 11 Septembre est totalement légitime, car "pourquoi les peuples musulmans devraient nier leur identité culturelle pour faire plaisir aux américains qui veulent imposer leur système économique et leur idéologie partout dans le monde? "
Quant au 21 Avril, cela montre bien que les français sont intolérants et que le phénomène du racisme nié depuis des années par l'étât français, existe bien.
S.DB : - Question 3 : Peut-on les caractériser, selon vous, d'événements fondateurs d'un nouveau totalitarisme?
Femme B : - Oui, puisqu'enfin le monde musulman se réveille face à la dictature de l'Amérique.
S.DB : - Mais, l'Amérique est pourtant un pays démocratique !
Femme B : - La démocratie n'est pas la garantie de la liberté, et de toute façon, les dirigeants des Etâts-Unis ( quels qu'ils soient ) sont des guerriers à la tête d'un peuple guerrier.
Quant à la France, ex-pays colonisateur, elle est nostalgique de son passé et voudrait traiter les différentes communautés qu'elle accueille sur son sol comme des peuples colonisés. Il n'y a qu'à voir notre sort, relégués dans les banlieues. Les français sont contents de nous trouver comme main d'oeuvre et se comportent en esclavagistes.
S.DB : - Question 4 : D'aprés vous, ces deux événements sont-ils dus à un manque de reconnaissance des différentes communautés qui constituent la France, et par un manque de tolérance?
Femme B : - Non, ce n'est même plus une question de tolérance, mais bien un problème de différence qui conduit inévitablement au racisme. Pour les français comme pour les américains, tous ceux qui ne pensent pas comme eux sont ennemis.
S.DB : - Merci pour votre collaboration. Au revoir ( je la quitte avec un sentiment de peur qui pourrait engendrer le racisme pour des gens peu enclins à l'esprit critique ).
4 - Traitement des donnés
Ces deux entretiens ont été, pour moi, difficiles à réaliser, puisque cela fait maintenant 6 entretiens que je réalise et la démarche est de plus en plus compliquée. En effet, le fait d'être enregistré me bloque de plus en plus et haute la spontanéîté de mes interlocuteurs ainsi que la mienne. J'ai le sentiment de leur voler leur intimité bien que ces entretiens ne soient pas faits sous la contrainte. Pour moi, une discussion à bâton rompu est plus riche d'informations qu'un entretien " formaté "; mais c'est peut-être une déformation due à mon cursus de philosophie puisque les trois conditions pour philosopher sont : l'étonnement, l'interrogation et le discernement. L'étonnement ne peut être produit dans des conditions préétablies. Effectivement, j'ai eu l'occasion de rencontrer, dans d'autres conditions, des jeunes femmes parées du foulard islamique qui m'ont tenu d'autres propos.
De plus les différents entretiens ont été produits dans deux endroits différents ( le premier dans un appartement, et le second dans un café ), ce qui peut nuire à la comparaison des réponses.
5 - Construction de la problématique
Pour moi, ces deux entretiens ne peuvent être considérés que comme des entretiens exploratoirs puisqu'ils sont tellement différents de par leur contenu ( alors que les questions principales étaient les mêmes ) qu'ils en appellent d'autres pour être exploités convenablement et répondre à la problématique : les événements du 11 Septembre 2001 et du 21 Avril 2002 peuvent-ils engendrer le totalitarisme?
Mais, dans les deux entretiens, on retrouve bien une hostilité envers l'Amérique. On peut également se demander si ce n'est pas le cas pour des français d'autre confession.
Stéphane De Bona
La religion dans les limites de la simple raison, Kant, 3e partie, 1ère section
Triomphe du bon principe sur le mauvais : établissement d’un royaume de Dieu sur terre.
Présentation : ce chapitre traite essentiellement de "l’ecclésiologie" kantienne
- première section : doctrine de l’église
- deuxième section : approche historique
D’après Bruch (La philosophie religieuse de Kant, Paris 1967), la deuxième et la troisième partie de la religion représentent les deux étapes successives du processus de la conversion. Dans la deuxième partie, conformément à presque tout le passé de sa philosophie morale, Kant se place selon le point de vue de l’individu, alors que dans la troisième la communauté devient le sujet du redressement et du progrès moral.
Kant rappelle en une analyse anthropologique les obstacles auxquels l’individu se heurte du fait de la société lorsqu’il a entrepris de se libérer du mal. Tout en se dégageant de l’asservissement au péché, celui-ci demeure toujours exposé aux assauts du mauvais principe. Or les causes de cette situation sont d’ordre essentiellement social : les relations des hommes entre eux sont naturellement corruptrices ; les passions mauvaises ne s’éveillent chez l’individu que lorsqu’il se trouve au milieu de ses semblables. ( État de nature selon T. Hobbes : “L’homme est un loup pour l’homme” ) Ainsi, si la société est corruptrice dans son état de nature, c’est elle qui doit être à son tour convertie pour devenir le garant de la conversion individuelle.
N.B : on arrive ainsi à l’articulation de la problématique sur la victoire du bon principe : pour que le bon principe triomphe, il faut une communauté éthique.
Comment Kant conçoit-il cette communauté?
I État de nature éthique
La société ou communauté éthique se définit comme “un univers entre les hommes régi par de simples lois de vertus” et peut se construire comme une société civile dans la mesure où ses lois sont d’ordre public. Comme tout état social, la communauté éthique doit être opposée à un état de nature, mais elle se différencie en même temps de l’état juridico-civil ( politique ) qui est régi par des lois de contrainte. Ces deux états : état juridico-civil et état éthico-civil se distinguent l’un de l’autre par leur rapport à la contrainte, c’est à dire qu’ils s’opposent dans leur forme, mais leur fond est à tous deux éthique.
Toutefois le domaine éthique se rapporte à des lois publiques, c’est à dire choisies par tous de manière volontaire : ainsi l’état d’éthique se qualifie d’après Kant comme un “idéal de totalité”. L’état éthico-civil se constitue non par l’effort de particuliers en vue de réaliser leur propre perfection morale, mais par l’union des individus comme une totalité en vue d’un même but. L’homme doit donc nécessairement être régi par des lois où la raison doit primer sur les convictions ( “l’avancement du bien suprême en tant que bien commun” ). Cet état éthico-civil représente une société idéale. Toutefois ce principe de bien suprême est-il uniquement le produit de l’homme? L’homme n’a-t-il pas besoin d’être soumis à un être moral supérieur pour l’orienter?
II Le concept d’une communauté éthique : celui d’un peuple de Dieu régi par des lois morales
L’idée d’un être moral supérieur doit être présupposée pour former une communauté éthique et une totalité morale en associant les forces des individus. Seul Dieu, souverain moral de l’univers, peut instaurer et régir une telle communauté qui devient ainsi un peuple de Dieu. Cette communauté éthique ne peut se réaliser que sous forme d’une Église.
Kant qualifie cette Église d’invisible car elle n’est pas l’objet d’une expérience possible mais “la simple idée de l’union de tous les honnêtes gens sous le gouvernement divin universel, immédiat et moral”. ( Religion : p. 136 ) Elle sert d’archétype à l’église visible, permettant de la juger et d’en discerner les formes légitimes ou aberrantes. L'Église invisible est la “véritable Église” ( elle est fondée d’hommes convertis qui adoptent la loi morale, ainsi Kant ne remanie pas son concept initial d’autonomie de la volonté ). Église véritable se constitue , d’après Kant, selon quatre principes ( se rapportant aux catégories kantiennes ) :
- l’universalité (quantité)
- la pureté (qualité )
- la subordination des rapports aux principes de la liberté (relation)
- l’invariabilité de sa constitution (modalité)
La constitution de toute église est toujours fondée sur quelques croyances historiques ( révélées ) que l’on appelle foi de Église et à laquelle de Saintes Écritures fournissent la base la meilleure. Ainsi Kant s’attache à distinguer la pure foi religieuse et la croyance historique, la première étant le principe même de l’universalité de Église Le but de l’homme est plus de satisfaire Dieu que de valoriser la moralité de ses actions. Mais ce qui reste obscur à l’homme, c’est qu’il est sans cesse au service de Dieu ; car sans le savoir, lorsqu’il rend service à autrui ou même quand il accomplit ses propres devoirs, c’est pour Dieu qu’il effectue ses tâches. “On distingue le devoir en tant qu’il est aussi commandement céleste [...], ainsi se forme le concept d’une religion cultuelle, à la place d’une religion purement morale” ( Religion : p. 186 ).
Toutefois, le vrai culte est le culte moral : puisque Dieu n’est que le garant de la moralité, le seul moyen de le servir consiste à bien agir en se soumettant à la loi morale. De ce point de vue, le “vrai culte” n’implique aucune pratique extérieure ( fréquentation des églises, sacrements, ... ) qui, pour Kant, n’ont de valeur que symbolique.
N. B : on constate ainsi la conception très étroite de Kant du culte religieux, qui est par ailleurs une des caractéristiques du XVIIIe siècle.
Kant entame une différenciation entre religion ( vraie ) et croyance, toutes deux en rapport avec la “foi révélée”. La première désigne la foi traditionnelle qui trouve son origine dans la liberté des hommes et qui est universelle, car elle ne contient que des lois , c’est à dire qu’elle repose sur la conscience du devoir. A l’inverse, une croyance est toujours particulière, inscrite dans l’histoire et reposant sur des dogmes particuliers.
Pour Kant, la croyance en Église a pour suprême interprétation la pure foi religieuse. Mais pour être persuadé de l’universalité de notre religion, nous avons besoin de vérifier concrètement la véracité de celle-ci : “[ ... ] il faut néanmoins, à cause du besoin naturel à tous les hommes de réclamer toujours pour les concepts et les principes suprêmes de la raison quelque appui pour les sens, quelque confirmation par l’expérience ou autre chose de ce genre [ ... ] ( Religion : p. 196 )
L’expérience est donc un appui à la pure foi religieuse. Mais comment concilier les deux? Par la révélation, qui allie le côté théorique ( Dieu ) et le côté pratique ( historique ). Église fondée sur les Saintes Écritures recherche l’action commise moralement par l’homme. L’Ecriture est qualifiée par Kant comme “ l’instrument le plus digne et maintenant le seul dans la partie du monde la plus éclairée, pour unir tous les hommes en une Église [ ... ] ( Religion : p. 196 ).
Mais quelle est la véritable interprète de l’Écriture? Kant y répond : c’est la religion de la raison. Ainsi la foi historique peut être un appui à la croyance, mais ne peut en aucun cas suffire à la pure foi qui nécessite la raison. Il y a donc une primauté de la véritable Église sur la foi historique car nous ne pouvons rien accepter qui ne soit examiné par la raison.
Toutefois, “une croyance historique ( ou, par exemple, le dogme de la rémission des péchés précède la conversion ) doit-elle d’une façon constante s’ajouter à la pure foi religieuse [ ... ] ou n’est-elle qu’un simple fil conducteur qui peut se supprimer en pure foi religieuse? “ ( p. 201-202 )
N.B : comment Kant va-t-il résoudre cette antinomie de la raison humaine avec elle-même, qui naît entre l’opposition de la foi morale et de la foi historique?
Kant parle aussi de foi sanctifiante : purement morale dans le sens où elle repose sur la conscience de chaque homme à être agréable à Dieu, et pratique, dans le sens où elle ne laisse pas l’homme dans la passivité; l’homme doit agir et appliquer les lois de son propre chef. Cette foi sanctifiante se définit comme la “foi de tout individu qui contient en elle-même la disposition ( dignité ) morale à la félicité éternelle”. ( Religion : p. 200 )
“ C’est donc une conséquence nécessaire de notre disposition physique et en même temps de notre disposition morale qui est le fondement et aussi l’interprète de toute religion, que cette dernière soit enfin dégagée peu à peu de tous les principes de détermination empirique, de tous les statuts qui s’appuie sur l’histoire et qui, au moyen d’une foi Église unissent provisoirement les hommes pour l’avancement du bien et qu’ainsi règne finalement la pure religion de la raison” afin que Dieu soit tout dans tout”.
Kant affirme la suprématie de la raison qui doit être l’agent nécessaire à toute religion. Toutefois, il nous met en garde contre la “distance infinie” qui nous sépare de la religion universelle de la raison qu’il qualifie de perfection.
Elisabeth Nicolas et Stéphane De Bona
La philosophie de Kant propose une nouvelle architecture métaphysique, théologique, épistémologique et morale fondée sur la liberté humaine. Véritable «révolution copernicienne» de la pensée, son œuvre immense parcourt aussi bien l’astronomie et la physique que le droit. Dans cette quatrième partie de la religion dans les limites de la simple raison , Kant décrit l’objet de la religion proprement dit. Il instaure l’idée d’une philosophie de la religion basée sur la raison et la révélation. Ce texte n’est pas un écrit métaphysique recherchant à prouver l’existence de Dieu, mais plutôt un petit traité de la vie religieuse. Après avoir disserté sur les différents aspects de la nature humaine, pouvant conduire l’homme au triomphe du souverain bien comme au mal radical dans les trois premières parties de cet ouvrage, Kant établit les règles qui permettent à l’humanité de se forger une éthique des pratiques religieuses.
Le vrai et le faux culte
La religion naturelle
Le projet d’édifier une religion naturelle a très fortement marqué le siècle des lumières qui entendait opposer à la superstition religieuse ( sentiment religieux qui confère à certaines pratiques, un pouvoir qu’elles n’ont pas ) une religion accessible à la raison commune, et donc universelle. Il ne s’agit pas nécessairement d’une religion extérieure ( au sens où celle-ci livrerait une image fidèle de Dieu ), mais d’une religion naturelle à l’homme qu’il trouve, en quelque sorte inscrite dans son cœur avant toute révélation historique. L’originalité de Kant consiste à affirmer qu’une religion particulière ( le christianisme ) peut être considérée comme naturelle au sens où elle s’accorde aux exigences morales de la raison.
La religion naturelle est accessible à la raison et donc, universelle. Elle peut, alors, être commune à l’humanité. Ainsi, la religion doit amener la communauté des hommes à la formation d’une éthique. Les hommes , pour résister au mauvais principe ( le mal radical ) doivent s’unir en créant une église visible dans la cité, fondée sur des lois morales. Cette église représente le royaume de Dieu sur terre et relie son message. Cette tâche ne peut pas être accomplie par Dieu lui-même, mais par la seule volonté des hommes ( car Dieu a doté les hommes du libre arbitre, ce qui leur impose de faire des choix ). Cependant, l’homme doit reconnaître le vrai culte du faux culte. En effet, la religion est dictée par la raison, à l’être humain. Celui-ci doit avoir conscience que son intention est juste et agréable à Dieu, que la divinité est quelque chose de sublime et non quelque chose qui inspire simplement la crainte. Pour Kant, la religion n’est pas également synonyme d’espérance ou d’espoir. Tout acte ne doit pas être fait dans le but de faire plaisir à Dieu ou de respecter un culte établi ( statutaire ), mais doit avoir comme seul but de répondre aux commandements divins dans un souci moral sans attendre de récompenses de l’au-delà. Une religion morale n’est pas faite d’observances et de dogmes, elle consiste à répondre par le cœur aux commandements divins.
Le faux culte et ses avatars
Le faux culte, lui, est caractérisé par des obligations ecclésiales ne répondant pas aux exigences de la raison et il est exercé par des fonctionnaires se réclamant de Dieu et ses adeptes attendent de Dieu de faire d‘eux des hommes meilleurs sans qu‘ils aient eux-mêmes à faire quelque chose de plus que de prier. La prière, pensée comme culte intérieur formel et pour cette raison comme moyen de grâce ( la grâce désigne le mode d’intervention propre à Dieu dans les affaires humaines. D’un point de vue moral, le seul intéresse Kant, elle est une sorte de complément divin à l’imperfection et déficiences de la volonté des hommes), n’est qu’une chimère superstitieuse ( une façon de faire fétichiste ), car elle est simplement un souhait proclamé à l’adresse de Dieu. En ce sens, la prière pure n’est qu’un souhait proclamé devant un être qui sonde les cœurs. Attribuer à la prière d’autres suites que naturelles est stupide et ne nécessite aucune réfutation détaillée. Il y a même de l’ “hypocrisie” dans la prière, car l’homme s’y représente la divinité comme quelque chose de perceptible par les sens, là où il n’y a qu’un principe que la raison nous contraint d’admettre. Le projet de Kant est de montrer que sur des conceptions fausses de la nature de Dieu se greffent nécessairement des pratiques immorales.
Celles-ci prennent le nom générique de “faux culte” par lequel il faut entendre une prétendue adoration de Dieu par laquelle on agit en réalité à l'encontre du vrai culte qu'Il exige Lui-même. On sait que le vrai culte de Dieu est le culte moral par lequel on tente de purifier son intention. Ce culte est destiné se “rendre agréable Dieu, c'est-à-dire à rendre sa conduite adéquate à l'exigence morale symbolisée par Dieu. Mais il y a dans la notion même de “culte” à une équivoque que l'analyse kantienne vise à exorciser. Culte provient en effet du terme latin cultus qui signifie la “culture” au sens où, par exemple, on cultive un champ dans l'espoir de le voir fructifier. Pris dans cette acception originaire, le culte religieux ne serait rien d'autre qu'un travail technique par lequel on se rendrait en quelque sorte mécaniquement agréable à Dieu. Or c'est là précisément la définition donnée par Kant du “faux culte” qui ne consiste qu'en une série de moyens formels destinés à nous attirer la grâce divine. Au sens strict, le faux culte rate sa cible puisqu'il prétend s'adresser à Dieu tout en niant l'exigence qu'il symbolise. Plus précisément, le faux culte est un culte extérieur qui ne consiste qu'en une série de rituels désuets et inefficaces alors que le culte moral doit être intérieur puisqu'il ne concerne que le sujet qui choisit, dans sa conscience, le bien contre le mal. Pour Kant, le faux culte se réduit à la “maxime de conférer une valeur en soi au moyen à la place de la fin”. La fin est l'action morale; mais celle-ci se voit subordonnée aux moyens qui devraient permettre de l'atteindre (l'ensemble des pratiques religieuses : prière, fréquentation de l'église, etc.). Il faut remarquer que le faux culte reprend, au niveau de la communauté, la structure par laquelle Kant définissait le mal radical. Ce dernier désignait la maxime (l'intention) de substituer nos désirs égoïstes à la loi morale et de choisir plutôt ce que demande la sensibilité que ce qu’exige la raison. Le faux culte réside dans la même perversion qui nous fait privilégier les moyens sensibles au détriment de la fin morale. Un exemple permettra d’éclairer ce point. Kant est un adversaire résolu de “la prétendue sainteté de l’état monacal” : selon lui, les moines prétendent servir Dieu en renonçant à agir dans le siècle, alors même que le vrai culte consiste dans l’action morale. En renonçant au sensible, les moi,es ne comprennent pas qu’ils renoncent aussi à la justice de ce monde : symboles de la “belle âme”, ils prétendent à la sainteté sans se soucier de la vertu. On comprend par là qu’il ne suffit pas de brimer sa sensibilité et de s’imposer sans trêve des sacrifices corporels pour échapper au mal radical car le mal n’est pas la sensibilité, mais le choix de nos désirs contre la loi morale. C’est donc seulement en acceptant d’agir et non en se retirant du monde que l’on a une chance de se libérer du péché et de devenir agréable à Dieu. La finalité du culte est par conséquent toujours la même : satisfaire Dieu. Mais seule l’action vertueuse permet d’atteindre ce but qui se trouve perverti par les moyens utilisés par le faux culte.
La religion chrétienne, comme vrai religion naturelle et religion révélée
Pour Kant, la religion chrétienne a la particularité d’être une religion naturelle, c’est à dire dictée par la raison puisque celle-ci oblige l’être humain qui a choisi soit par conversion, soit par choix moral de suivre les enseignements de son maître : le Christ. A son commencement la religion chrétienne n’est pas un culte statutaire répondant à des impératifs purement obligatoires et menant ses responsables à l’obtention d’un pouvoir, mais elle est une religion visible où ses fidèles sont de simples serviteurs de l’être suprême, c’est à dire Dieu. De plus, c’est une religion révélée du fait de l’incarnation du Christ ( Dieu fait homme sur la terre ) qui montre à l’homme le besoin de suivre les commandements de Dieu ( les lois morales ). La religion chrétienne est transcrite dans un livre sacré : la bible qui est le témoignage de la vérité ( Dieu ). La révélation est donc l’acte par lequel Dieu a choisi de se manifester au monde et aux hommes. L’histoire de la philosophie est traversée entre vérité révélée et vérité de raison. Les premières provenant d’une source étrangère de la pensée, alors que les secondes peuvent être découvertes indépendamment de toute manifestation historique et contingente de la parole divine.
Le problème que pose la révélation est que le Christ fait homme détiendrait des principes hautement moraux qui tendraient à la perfection sans se fier à la seule raison. Mais Kant précise en premier lieu que nous ne pouvons rien savoir de la possibilité de la révélation, mais nous ne pouvons pas dire qu’elle est impossible. Elle doit donc demeurer inexplicable. Kant refuse l’idée que la religion chrétienne aurait pu inventer un sens propre, car seule la raison est pour lui capable d’un tel prodige. Elle peut bien avoir précéder le moment où l’histoire de la raison a découvert le contenu de la moralité. Il faut donc concevoir la révélation comme une sorte d’annonce de la raison elle-même, un supplément qui permet de remédier aux déficiences de l’homme.
Conclusion
La religion chrétienne a pour spécificité d’être une religion naturelle puisqu’elle est une religion morale conduite par la raison et une religion savante révélée puisque son contenu est dicté dans un livre sacré : la bible. Elle reste également une religion naturelle puisqu’on doit faire la distinction entre la foi religieuse pure et la foi statutaire. L’interprétation de la révélation dans les écritures saintes doit se faire conformément à la loi religieuse dans le sens de la loi morale. L’élément historique qui ne contribue en rien à l’amélioration de l’homme est quelque chose d’en-soi tout à fait indifférent dont on peut faire ce qu’on veut; la foi historique est en elle-même dénuée de valeur morale. La religion rationnelle pure est l’Esprit de Dieu qui nous guide en toute vérité.
Tout commentaire des écritures doit nous guider pour renouer avec cet esprit. Enfin, l’homme doit prendre garde de ne pas tomber dans le faux culte qui est une dérive et peut le mener vers le mal radical.
Stéphane De Bona
Titre de l'ouvrage : La Religion in "Anthropologie structurale" p.192 à 275
Nom de l'auteur : Claude Lévi-Strauss
Date de première parution : Paris, 1958
Edition utilisée : Pocket 1985
Date de lecture : Mai 2003
Biographie
Né à Bruxelles de parents français, le 28 novembre 1908, Claude Lévi-Strauss étudie à Paris le droit jusqu'à la licence, et la philosophie; il est reçu à l'agrégation de philosophie en 1931. Tout en enseignant cette discipline, il milite activement à la SFIO. Sa carrière d'ethnologue débute en 1934, lorsqu'il est invité à venir enseigner la sociologie à São Paulo, où il restera jusqu'en 1939. C'est à cette occasion qu'il séjourne parmi les populations indiennes nambikwaras, caduvéos et bororos, et mène ses seules enquêtes de terrain. Rentré en France, mobilisé au service des PTT, puis affecté au lycée de Montpellier, il réussit, après sa révocation en raison des lois raciales, à se rendre aux États-Unis en 1941, sur un paquebot où il voyage avec André Breton. Il enseigne à l'École libre des hautes études, et à la New School for Social Research de New York; c'est alors qu'il découvre les travaux fondamentaux de la linguistique et de l'anthropologie, et notamment ceux de Roman Jakobson (1896-1982) et de Franz Boas (1858-1942). De 1945 jusqu'à la fin de 1947, il est conseiller culturel auprès de l'ambassade de France à Washington. En 1948, il publie la Vie familiale et sociale des Indiens Nambikwara et soutient sa thèse les Structures élémentaires de la parenté. Ces deux premières œuvres, significatives, le font docteur d'État.
D'abord maître de recherches au CNRS puis sous-directeur du musée de l'Homme, il est ensuite nommé directeur d'études à la 5e section (dite des sciences religieuses) de l'École pratique des hautes études, à l'ancienne chaire de Marcel Mauss, rebaptisée «chaire des religions comparées des peuples sans écriture». C'est l'époque de maturation, avec le très célèbre Tristes Tropiques (1955; Race et Histoire était paru en 1952) et le recueil d'articles qui va définir son projet scientifique, Anthropologie structurale (1958).
La troisième étape de sa carrière est celle de la célébrité internationale. En 1959, il est élu à la chaire d'anthropologie sociale du Collège de France; il y fonde l'année suivante le laboratoire d'anthropologie sociale et la revue l'Homme. Ses travaux sont alors marqués par une double réflexion: d'une part, l'élaboration théorique de l'objet même de l'anthropologie, dans le Totémisme aujourd'hui et surtout dans son œuvre majeure, la Pensée sauvage; d'autre part, l'application de ces principes dans l'imposante tétralogie de plus de 2 000 pages, les Mythologiques (le Cru et le Cuit, Du miel aux cendres, l'Origine des manières de table, et l'Homme nu). La consécration vient en 1973 avec son élection à l'Académie française.
L'œuvre n'est pas terminée pour autant. Les recueils d'articles, de comptes rendus de séminaires et d'entretiens se multiplient, même après la retraite, prise en 1982 (le Regard éloigné, 1983; Paroles données, 1984; De près et de loin, 1988; Des symboles et leurs doubles, 1989). Par ailleurs se poursuit la quête des mythologies par une approche esthétique dans la Voie des masques, et la reprise de certains mythes dans la Potière jalouse et Histoire de lynx. Il éclaire les arcanes de sa pensée à travers les essais esthétiques de Regarder Écouter Lire.
Introduction : résumé de l'ouvrage
Le volume anthropologie structurale (1958), constitue un recueil d'articles, publiés depuis 1945 ou inédits, est entièrement consacré à l'anthropologie comme discipline scientifique. L'ouvrage comprend des analyses particulières, qui illustrent la méthode et portent sur des questions de parenté, d'organisation sociale, de religion et d'art, mais aussi des articles programmes, notamment sur l'analyse des mythes, sur les rapports de l'anthropologie avec d'autres disciplines, sur ses modèles, ses méthodes et son enseignement.
Thème et problème traités
La Religion : cette partie du texte traite des relations symboliques liées aux croyances et à la magie établies dans différentes sociétés indigènes. Pour résumer rapidement le contenu des chapitres suivants, on peut dire que cette partie de l'ouvrage décrit les liens des sociétés indigènes par rapport aux pratiques rituelles et magiques qui traversent l'ensemble de la société et influencent sa structure et son mode de vie. Ces pratiques sont admises collectivement par le groupe d'individus et sont devenues un objet conscient qui a des effets concrets sur toute la population. Dans les chapitres qui composent cette partie de l'anthropologie structurale, Claude Lévi-Stauss dégage les structures abstraites et symboliques de la pensée indigène qui font que des pratiques subjectives et spirituelles ont des effets thérapeutiques et psychologiques sur la tribu.
Chapitre IX. Le sorcier et sa magie.
Selon l'auteur, il n'y a pas de raison pour mettre en doute l'efficacité de certaines pratiques magiques. Mais on voit, en même temps, que l'efficacité de la magie implique la croyance en la magie, et que celle-ci se présente sous trois aspects complémentaires : il y a d'abord la croyance du sorcier dans l'efficacité de ses techniques ; ensuite, celle du malade qu'il soigne, ou de la victime qu'il persécute, dans le pouvoir du sorcier dans l'efficacité de ses techniques ; ensuite, celle du malade qu'il soigne, ou de la victime qu'il persécute, dans le pouvoir du sorcier lui même ; enfin la confiance et les exigences de l'opinion collective, qui forment à chaque instant une sorte de champ de gravitation au sein duquel se définissent et se situe les relations entre le sorcier et ceux qu'il ensorcelle.
Il y'a pas de raison de douter, en effet, que les sorciers, ou au moins les plus sincères d'entre eux, ne croient en leur mission et que cette croyance ne soit fondée sur l'expérience d'états spécifiques. Les épreuves et les privatisations auxquelles ils se soumettent suffiraient souvent à les admettre comme preuve d'une vocation sérieuse et fervente.
En présence d'un univers qu'elle est avide de comprendre, mais dont elle ne parvient pas à dominer les mécanismes, la pensée normale demande toujours leur sens aux choses, qui le refusent ; au contraire la pensée dite pathologique déborde d'interprétation et de résonances affectives, dont elle est toujours prête à surcharger une réalité autrement déficitaire.
A la différence de l'explication scientifique, il ne s'agit donc pas de rattacher des états confus et inorganisé, mais de les articuler sous forme de totalité ou de systèmes, le système valant précisément dans la mesure où il permet la précipitation, ou la coalescence, de ses états diffus (pénibles aussi, en raison de leur discontinuité) ; et ce dernier phénomène est attesté à la conscience par une expérience originale, qui ne peut être saisie du dehors. Grâce à leurs désordres complémentaires, le couple sorcier-malade incarne pour le groupe, de façon concrète et vivante, un antagonisme propre à toute pensée, mais dont l'expression normale reste vague et imprécise : le malade est passivité, aliénation de soi-même, comme l'informulable est la maladie de la pensée ; le sorcier est l'activité, débordement de soi même, comme l'affectivité est la nourrice des symboles.
On aperçoit ainsi la nécessité d'étendre la notion d'abréaction, en examinant les sens qu'elle prend dans des thérapeutiques psychologiques autres que la psychanalyse, qui a eu l'immense mérite de la découvrir et d'insister sur sa valeur essentielle.
La comparaison entre la psychanalyse et des thérapeutiques psychologiques plus anciennes et plus répandues, peuvent inciter la première à d'utiles réflexions sur sa méthode et sur ses principes.
Chapitre X. L'efficacité symbolique.
L'objet du chant est d'aider à un accouchement difficile. Il est d'un emploi relativement exceptionnel, puisque les femmes indigènes de l’Amérique central et du sud accouchent plus aisément que celles des sociétés occidentales. L’intervention du "shaman" sorcier est rare et elle se produit en cas d ‘échec, à la demande de la sage-femme.
La technique du récit vise à restituer une expérience réelle, où le mythe se borne à substituer les protagonistes.
Une cure consisterait à rendre pensable une situation donnée d’abord en termes affectifs : et acceptables pour l’esprit des douleurs que le corps se refuse à tolérer. Que la mythologie du shaman ne corresponde pas à une réalité objective n’a pas d’importance : la malade y croit, et elle est membre d’une société qui croit. Les esprits malfaisants, les monstres surnaturels et les animaux magiques, font partie d’un système cohérent qui fonde la conception indigène de l’univers. La malade les accepte, ou plus exactement, elle ne les a jamais mis en doute. Ce qu’elle n’accepte pas, ce sont des douleurs incohérentes et arbitraire, qui elles, constituent un élément étranger à son système, mais que, par l’appel au mythe, le shaman va replacer dans un ensemble où tout se tint.
La cure shamanistique se place à moitié chemin entre notre médecine organique et des thérapeutiques psychologiques comme la psychanalyse. Son originalité provient de ce qu’elle applique à un trouble organique une méthode très voisine de ces dernières.
Dans les deux cas, on se propose d’amener à la conscience des conflits et des forces psychologiques, soit dans le cas de l’accouchement à cause de leur nature propre, qui n’est pas psychique, mais organique, ou même simplement mécanique. Dans les deux cas aussi, les conflits et les résistances se dissolvent, non du fait de la connaissance ,réelle ou supposée, que la malade en acquiert progressivement, mais parce que cette connaissance rend possible une expérience spécifique, au cours de laquelle les conflits se réalisent dans un ordre et sur un plan qui permettent leur libre déroulement et conduisent à leur dénouement.
Le shaman a le même double rôle que la psychanalyse : un premier rôle d’auditeur pour le psychanalyse, et d’orateur pour le shaman, établit une relation immédiate avec la conscience (et médiate avec l’inconscient) du malade. C’est le rôle de l’incantation proprement dite. Mais le shaman ne fait pas que proférer l’incantation : il en est le héros, puisque c’est lui qui pénètre dans les organes menacés à la tête du bataillon surnaturel des esprits, et qui libère l’âme captive.
Le parallélisme n’exclut donc pas des différences. On ne s’en étonnera pas, si l’on prête attention au caractère, psychique dans un cas, et organique dans l’autre, du trouble qu’il s’agit de guérir. En fait , le cure shamanistique semble être un exact équivalent de la cure psychanalytique, mais avec une inversion de tous les termes. Toutes les deux visent à provoquer une expérience ; et toutes deux y parviennent en reconstituant un mythe individuel que le malade construit à l’aide d’éléments tirés de son passé ; dans l’autre, c’est un mythe social, que le malade reçoit de l’extérieur, et qui ne correspond pas à un état personnel ancien
La charge symbolique de tels actes rend ceux-ci propres à constituer un langage : en vérité, le médecin dialogue avec son sujet, non par la parole ; mais par des opérations concrètes, véritables rites qui traversent l’écran de la conscience sans rencontrer d'obstacle, pour apporter directement leur message à l’inconscient.. Nous retrouvons donc la notion de manipulation, qui nous avait paru essentielle à l’intelligence de la cure shamanistique, mais dont nous voyons que la définition traditionnelle doit être élargie : car c’est tantôt une manipulation des idées, et tantôt une manipulation des organes, la condition commune restant qu’elle se fasse à l’aide de symboles, c’est-à-dire d’équivalent significatifs du signifié, relevant d’un autre ordre de réalité que ce dernier.
Chapitre IX. La structure des mythes.
Certains prétendent que chaque société exprime, dans ses mythes, des sentiments fondamentaux tels que l’amour, la haine ou la vengeance, qui sont communs à l’humanité toute entière. Pour d’autres, les mythes constituent des tentatives d’explication de phénomènes difficilement compréhensibles : astronomiques, météorologiques, etc. Mais les sociétés ne sont pas imperméables aux interprétations positives, même quand elles en adoptent de fausses.
Reconnaissons que l’étude des mythes nous amène à des constatations contradictoires. Tout peut arriver dans un mythe ; il semble que la succession des événements n’y soit subordonnée à aucune règle de logique ou de continuité.
Si nous voulons rendre compte des caractères spécifiques de la pensée mythique, nous devrons établir que le mythe est simultanément dans le langage, et au-delà. En distinguant entre langue et la parole, Saussure a montré que le langage offrait deux aspects complémentaires : l’un structural, l’autre statistique ; la langue appartient au domaine d’un temps réversible, et la parole, à celui d’un temps irréversible.
Un mythe se rapporte toujours à des événements passée : "avant la création du monde, ou "pendant les premiers âges," en tout cas, "il y’a longtemps." Mais la valeur intrinsèque attribuée au mythe provient de ce que ces événements, censés se dérouler à un moment du temps, forment aussi une structure permanente.
Si les mythes ont un sens, celui-ci peut tenir aux éléments isolés qui entrent dans leur composition, mais à la manière dont ces éléments se trouvent combinés. Le mythe relève de l’ordre du langage, il en fait intégrante ; néanmoins, le langage, tel qu’il est utilisé dans le mythe, manifeste des propriétés spécifiques .Ces propriétés ne peuvent être cherchées qu’au-dessus du niveau habituel de l’expression linguistique de type quelconque.
La mythologie comparée pour se développer fait appel à un symbolisme d’inspiration mathématique, applicable à ces systèmes pluri-dimensionnels trop complexes pour nos méthode empirique traditionnelles.
La logique de la pensée mythique est aussi exigeante que celle sur quoi repose la pensée positive, et, dans le fond, peu différente. Car la différence tient moins à la qualité des opérations intellectuelles qu’à la nature des choses sur lesquelles portent ces opérations. Peut être découvrions-nous un jour que la même logique est à l’œuvre dans la pensée mythique et dans la pensée scientifique, et que l’homme a toujours pensée aussi bien. Le progrès, si tant est le terme puisse alors s’appliquer, où une humanité douée de facultés constantes se serait trouvée, au cours de sa longue histoire, continuellement aux prises avec de nouveaux objets.
Chapitre XII. Structure et dialectique
La relation dialectique entre le mythe et le rituel doit faire appel à des considérations de structures. Il est indispensable de comparer le mythe et le rite, non seulement au sein d’une société, mais aussi avec les croyances et pratiques des sociétés voisines. Si un certain groupe de mythes "pawnee" représente une permutation, non seulement de certains rituels de la même tribu, mais aussi de ceux d’autres populations, on ne peut pas se contenter d’une analyse purement formelle : celle-ci constitue une étape préliminaire de la recherche, féconde dans la mesure où elle permet de formuler, en termes plus rigoureux qu’on ne le fait habituellement, des problèmes de géographie et d’histoire. La dialectique structurale ne contredit donc pas le déterminisme historique : elle l’appelle et lui donne un nouvel instrument. Avec Meillet et Troubetzkoy, Jakobson a d’ailleurs prouvé, à plusieurs reprises , que les phénomènes d’influences réciproques, entre aires linguistiques géographiquement voisines, ne peuvent rester étrangers à l’analyse structurale ; c’est la théorie célèbre des affinités linguistiques.
Selon l’auteur, l’affinité ne consiste pas seulement dans la diffusion, en dehors de leur aire d’origine, certaines propriétés structurales ou dans la répulsion qui s’oppose à leur propagation : l’affinité peut aussi procéder par antithèse, et engendrer des structures qui offrent le caractère de réponses, de remèdes, d’excuses ou même de remords. En mythologie comme en linguistique, l’analyse formelle pose immédiatement la question du sens.
Les concepts clefs
Croyance : On apelle croyances les propositions - formulées ou non - auquelles un individu ou un groupe donne un assentiment parfait et qu'il tient pour vraies alors même que la preuve de leur vérité ne relève pas d'une logique de genre scientifique... ( Deconchy 1980 ).
Magie : Opération visant à agir contrairement aux loi de la nature par des moyens occultes qui supposent la présence de forces extraordinaires et immanentes au monde. Selon la finalité de l'opération, on peut distinguer une magie blanche à effet bénéfique, tel qu'une guérison ou la réussite d'une entreprise, et une magie noire qui fait intervenir des esprits mauvais, esprits pour des entreprises maléfiques.
La distinction entre pouvoirs externes et internes ( par rapport à l'opérateur ), contrôlés et incontrôlés, symboliques ou psychiques, permet de concevoir la magie comme la mise en oeuvre de pouvoirs externes manipulés à travers des symboles ( objets, formules, gestes ) en vue de modifier le cours des événements dans un but profitable à l'agent mais éventuellement nuisible à d'autres.
La magie désigne designe les pseudo-recettes techniques utilisées dans les sociètés "primitives", comme les rituels visant à faciliter l'arrivée des pluies ou la reproduction des troupeaux ( Durkeim 1912 ).
Rite : Au sens stricte du terme, le rite est un acte symbolique, verbal et/ou gestuel, par lequel l'homme tente de communiquer avec des êtres ou des puissances extra-sensibles; le propre du rite est d'être prescrit, codifié, répété et réalisé en vue d'obtenir un effet déterminé. Par extension, le rite qualifie parfois toute conduite stéréotypée, répétitive et chargée de symboles. Enfin, rite et rituel sont souvent tenus pour synonymes. Lorsque la distinction est établie, le rituel désigne l'ensemble du déploiement cérémoniel dans lequel s'insèrent différents rites. Les rites se présentent de prime abord comme des conduites obscures et énigmatiques.
Sorcellerie : En tant que pouvoir de nuire aux autres par une action spirituelle, la sorcellerie se distingue de l'envoûtement produit par le jeteur de sorts, qui utilise des éléments matériels. Condamnée comme acte offensif, maléfique pour le groupe social en ce qu'on la pense responsable de maladies, mort, mauvaise récolte, faillite dans les affaires..., l'agression sorcière est supposée entreprise par un individu ou un groupe d'individus que l'on suspecte de dévorer les âmes ( vampirisme ), d'avoir le don de double vision, de circuler la nuit, de pouvoir disparaître à volonté ( inversion et action "en double" ), de se métamorphoser. Parmi les critères de reconnaissance des sorciers figurent les écarts par rapport aux normes : les excés d'affection, de pauvreté ou de richesse, la stérilité, l'acharnement pour la lutte pour le pouvoir, la ranceur tenace contre un membre de la famille. Moyen de détecter les sorciers, l'oracle indique aussi les moyens rituels de s'en protéger ( charme, exorcisme, banissement, mort ) [ Favret-Saada, 1977, Mair 1969 ]. La sorcellerie entretient la crainte des déviances et des tensions nocives de la société et joue ainsi en faveur du mantien de l'ordre social.
Structuralisme : C'est une méthode d'analyse et d'étude qui privilégie la recherche des structures organisant un domaine. Une telle approche, dite "structurale" des productions symboliques est reprise par Claude Lévi-Strauss qui applique cette méthode à l'éthnologie. Conçue tout d'abord comme hypothèse de travail ( la structure est un modèle, constitué à partir de réalités empiriques, qui permet, en retour de l'organiser et de l'éclairer ), l'analyse structurale véhicule également une nouvelle approche philosophique. Lévi-Strauss montre en effet que les relations de parenté, par exemple, sont des formes possibles de l'échange symbolique, et que , de façon plus générale, toute forme de communication peuvent être interprétées à partir de leurs infrastructures inconscientes. En d'autres termes, les véritables ressorts de nos choix individuels sont dissimulés dans les structures sous-jacentes qui constituent la trame inapparente de toutes les institutions et productions culturelles.
Intèrêt du texte
Ce texte nous montre que les pratiques magiques et rituelles peuvent régir un système de société et que toute société ne fonctionne pas forcément sur un mode rationnel. Les questions posées par ce texte sont, pour ma part, d'ordre éthique.
- Jusqu'où peut-on considérer qu'une pratique, bien sûr, librement consentie par une communauté est d'ordre magique et non pas simplement un leurre ( ou plutôt un gros mensonge ) ?
- Des sociétés primitives ne mettent-elles pas en danger volontairement des individus sains de corps et d'esprit tout simplement pour protéger leurs intérêts propres ( pour assurer leur pouvoir ) ?
- Le sorcier n'est-il pas qu'un manipulateur qui asseoit son pouvoir sur la crainte ?
- Jusqu'où peut aller la force de la médecine magique ( basée sur le conscient et l'inconscient du malade ) dans la guérison ?
Passage du texte traitant de l'analyse de la psychologie du sorcier ( p. 205 )
On voit que la psychologie du sorcier n'est ps simple. Pour tenter de l'analyser, nous nous pencherons d'abord sur le cas du vieux chaman supliant son jeune rival de lui dire la vérité, si la maladie collée au creux de sa main comme un ver rouge et gluant est réelle ou fabriquée, et qui sombra dans la folie parce qu'il n'aura pas eu de réponse. Avant le drame, il était en possession de deux données : d'une part, la conviction que les états pathologiques ont une cause et que celle-ci peut être atteinte; d'autre part, un système d'interprétation où l'invention personnelle joue un grand rôle et qui ordonne les différentes phases du mal, depuis le diagnostique jusqu'à la guérison.
Stéphane De Bona
Le mal est ce qui est contraire aux normes admises, quelque soit leur domaine d’application. Il désigne tout ce qui fait obstacle à la perfection de l’homme et englobe le mal métaphysique (simple imperfection des créatures), le mal physique (la souffrance) et le mal moral (ou péché). Cette définition générale peut sans aucun doute, satisfaire un bon nombre de philosophe, anciens et contemporains, tant la question du mal a été abordée sous différent aspect par plusieurs générations de penseurs. Elle a d’abord fait l’objet d’un débat intense au sein de l’église Catholique. Deux pères de l’église, St Augustin et St Thomas d’Aquin se sont posées la question de la distinction entre le bien et le mal, en ayant parfois des points de vue opposés.
Puis Leibnitz, à travers son écrit de Théodicée, est revenu à cette problématique : il perçoit le mal étant un minimum dans la création du meilleur des mondes (un monde créé par Dieu avec le maximum de bien). Le mal n’est qu’un défaut de combinaisons inhérent à la création.
Mais c’est Kant qui, dans la “Religion dans les limites de la simple raison” s’attache le plus longuement à ce sujet. Pourtant, il est loin d’éclaircir le débat. Je vais pourtant essayer d’expliquer la construction de la pensée kantienne.
Kant affirme tout d’abord que Dieu a voulu pour ses créatures, la perfection la plus grande et la félicité du monde spirituel. Dans le même effort, il a souhaité le plus haut degré de perfection accessible aux choses finies sans distinction. Dans sa sagesse, il a désiré que quelque bien puisse être retiré même des plus grands maux (catastrophes, maladies, guerres, etc...). Il y a des maux par défaut, qui sont des négations sans fondement, et des maux par privation, c’est-à-dire des biens négatifs. Les maux se différencient du mal, car ceux-ci sont en rapport avec notre sensibilité et le sentiment du plaisir ou du déplaisir alors que le mal est lié à la volonté déterminée par la loi de la raison.
Kant établit, tout de même une différence entre le mal physique où l’homme est soumis à la loi de la nature et où il ne peut être que passif, et le mal moral où l’individu est soumis à la loi de la liberté, où il exerce une volonté, ce qui le rend actif. Le bien et le mal sont cependant quelque chose d’inné dans la nature humaine, dans le sens où l’homme, par son libre arbitre et sa volonté, a la possibilité d’être acteur du mal comme du bien. Le mal ne peut être dit “inné”qu’au sens où “il est avant tout à la base de l’usage donné dans l’expérience de la liberté”. Le mal réside dans le désir de ne pas se soumettre à la loi par la répugnance à la loi morale. Le malheur est phénoménalement immanent au Mal, il n'est pas seulement celui de la souffrance, il est aussi celui de la faute. le bonheur est phénoménalement immanent au Bien, il n'est pas seulement celui du plaisir empirique, il est aussi celui de la vertu et prend sa profondeur propre de celle de la souffrance et de la faute. - (Avec Kant) Le Mal devient alors mal radical, le malheur ce qui le réalise subjectivement, "pathologie" ou affection sensible de la volonté. Même si le fondement du mal est subjectif car il résulte de la corruption des maximes et de l’adoption de celles-ci, c’est un fait insondable parce que cette adoption est “libre”, et qu’elle n’est pas conditionnée par la nature. Du fait de sa subjectivité, nous ne pouvons pas garantir que l’homme ait adopté consciemment le mal.
Pour Kant, il existe tout de même un penchant naturel au mal chez l’homme. De ce penchant naissent les possibilités d’adopter ou non, par le libre arbitre, la loi morale. Il existe une gradation de ce penchant. L’homme est appelé à résister à ses démons internes qui sont de trois ordres; premièrement, la faiblesse du cœur qui est la fragilité de la nature humaine; deuxièmement, l’impureté qui est la tendance à vouloir mêler des motifs moraux à des motifs immoraux; et enfin, peut-être, la plus grave des déviances, la méchanceté ou “mal radical” qu’on peut également appeler perversité du coeur humain, car c’est la manière de penser qui est corrompue à sa racine. Le “mal radical” qui est un penchant enraciné, fait dévier la maxime de la morale. C’est un choix totalement délibéré car l’homme en est conscient. Le “mal radical” ne serait pas un instinct naturel, mais une simple maxime fixée par l’homme pour lui-même. En d’autres termes, une maxime est une pensée énoncée ou adoptée comme règle de conduite : c’est une formule qui résume un principe de morale ou un jugement d’ordre général. Kant a procédé à une extension de la Raison, de la théorie à la pratique, comme Raison essentiellement pratique, et à une tout autre extension vers l'homme concret comme être empirico-religieux. C'est le concept de "limites de la simple raison". Le mal radical élargit ainsi les limites de la Raison. Le mal radical pourrait être interprété de manières diversement kantiennes et non-kantiennes. Le mal radical semblerait être, à première vue une auto-position de la raison, mais aliénée dans sa position sensible, s’autorisant une perte de soi en se niant elle-même; ou bien, encore une logique qui ne va pas jusqu’à la dialectique et reste prise dans une ontologie de la perfection. Ce peut être encore, une limitation réelle de la raison, mais cette limitation ne peut être un absolu en ce sens qu’un absolu équivaudrait à un esprit diabolique. Le "penchant au mal" est le moyen terme entre la Raison et son opposé réel ; "radical" signifie "seulement" que le mal est incontournable et ne peut être totalement relevé. Enfin le mal radical équivaudrait à une limitation hétéronome de la Raison pratique. Celle-ci serait une finitude radicale la réduisant même à une simple auto-limitation, lui arrachant son résidu de postulation infinie, la vidant de toute réalité. Cette solution évacue même l’idée de raison pratique puisque celle-ci se caractérise par la possibilité de tout passer au crible de la raison sans aucune limitation, donc finitude.
Mais, revenons plus directement à la position kantienne face au mal dans la “religion”. Le mal radical, comme je l’ai déjà énoncé, est l’inversion systématique de l’ordre moral des intentions : le sujet, plutôt que de subordonner les désirs à la loi, subordonne la loi aux désirs. Le mal radical désigne un exercice concret de la liberté où c’est la particularité du moi égoïste qui nie sa capacité à l’autonomie. On peut ainsi parler d’un penchant au mal comme d’une tentation permanente et universelle à nier l’universalité de la raison pratique. Le penchant au mal ne peut être attaché qu’à un pouvoir moral lié à l’arbitre. Est moralement mauvais, c’est à dire imputable, uniquement ce qui découle de notre propre action. Or, d’après Kant, le penchant précède le mal et ainsi la proposition “l’homme est mauvais” ne peut avoir que ce sens : il est conscient de la loi morale et il a cependant fait le choix de la déviance qui l’en écarte. Dire que l’homme est mauvais par nature revient à dire que c’est vrai de lui comme pour tous ceux de son espèce. Dans ce cas, l’homme ne possède aucune volonté et est purement mauvais. Ce qui fait la différence entre un homme bon et un homme mauvais se trouve dans le fait qu’il adopte la loi morale en suivant les commandements de la religion naturelle ou en renversant l’ordre éthique de celle-ci. Enfin, on peut dire que pour Kant, l’église visible a seulement pour but d’aider l’homme à suivre la loi morale et parfois l’aider à se convertir, mais elle ne doit revêtir aucun caractère symbolique ou statutaire car, dans ce cas, elle est pervertie aux yeux de Kant et prend le visage d’un faux culte.
La religion a pour objet, chez Kant, de n’être que la garantie qui aide l’homme à vaincre le mauvais principe par l’établissement de lois morales qui nous sont dictées dans les commandements de Dieu. Le mal n’est qu’un choix, souvent plus facile que celui du bien, que l’être humain a fait en utilisant son libre arbitre à des fins négatives plutôt que positives, mais il lui reste cependant la possibilité de la conversion s’il décide de faire obstacle à se désirs. Dans la conception kantienne du mal, l’homme n’est ni totalement mauvais comme chez Hobbes lorsqu’il proclame que “l’homme est un loup pour l’homme” ni fondamentalement bon comme le croit Rousseau quand il dit que “l’homme est bon par nature, mais c’est la société qui le pervertit”. La vision de l’homme et de la religion chez Kant, est tout de même étroite puisqu’en introduisant la loi morale comme solution au mal tout en acceptant le libre arbitre, il ne se rend pas compte que l’acceptation de la loi morale est une soumission et par conséquent une aliénation. Nietzsche mettra en évidence cette forme d‘esclavage de la pensée qu’est la morale des écrits saints qui demande une analyse approfondie des textes bibliques, en disant dans “La généalogie de la morale” que la connaissance est la ruse des faibles pour vaincre les forts, la vérité (par conséquence : Dieu) et la morale ne sont qu’une “métaphore du réel” (“Vérité et mensonge au sens extra-moral”). Enfin, pour ouvrir le débat, nous pourrions nous demander aujourd’hui où est la différence entre morale et éthique. Le mal n’est-il pas tout simplement lié à un déficit de responsabilités et à la non reconnaissance d’autrui? La notion de morale n’est alors qu’une limitation de la volonté de puissance de l’homme lui permettant de garder les pieds sur terre et l’empêchant de se prendre pour Dieu. Cela a engendré des dérives sectaires ou totalitaires qui ont pu s’appuyer sur des citations telles que celle-ci : “soyons raisonnables, exigeons l’impossible” Ernesto Che Guevara.
Stéphane De Bona
Comment sortir de l’impasse ?
Auteur : Marc MAESSCHALCK
Débat Critique
Ce texte fait écho au carnet N°120 dans lequel le professeur MAESSCHALCK, en Décembre 2005, poursuit la réflexion de la séparation de l’église et de l’état dont les français ont fêté le centenaire cette même année.
Le texte intitulé « Religions et démocratie délibérative. Comment sortir de l’impasse ? » met en évidence les difficultés de cohésion entre la foi religieuse et la démocratie délibérative que l’auteur essaie de remettre sur les rails, par un débat dépassionné et tourné à nouveau vers la rationalité. Le problème principal abordé par ce texte est celui de la participation citoyenne à la vie démocratique.
C’est en partant du constat que la question religieuse et les problèmes rencontrés par la démocratie à intégrer de nouvelles croyances dans son patrimoine, ne doivent pas être abordés comme une difficulté unique que je traiterai des deux problèmes sous-jacents de ce texte : l’apprentissage de la citoyenneté par la démocratie participative et le problème socioculturel de l’assimilation des nouvelles croyances dans une société démocratique. Celle-ci fixe un cadre des règles de vie commune qui garantit la liberté de tous et donne des droits et des devoirs communs. C’est, je pense, cette problématique sous-jacente qui mérite d’être relevée plutôt que celle, non moins importante, des pratiques religieuses dans une société démocratique. Je préfèrerai, en ce qui me concerne, au concept de démocratie délibérative celui de démocratie participative que vous envisagez à plusieurs reprises dans le texte comme un remède à la panne de rationalité dans le débat démocratique, et comme blocage des institutions politiques face aux pouvoirs religieux. Je traiterai les deux aspects importants de ce texte sous forme de débat et en rappelant quelques historiques de la séparation des églises et de l’état en 1905, en France, à partir de ces deux problématiques.
De nos jours, ce débat sur la séparation des églises et de l’état refait surface. En effet, avec les différentes vagues d’immigration en Europe, de nouveaux cultes sont apparus sur notre territoire. La loi initiée en 1905 était, en effet, destinée au plus grand nombre à cette époque, c'est-à-dire les catholiques. Comme vous le rappelez, dans votre texte, les années 90, et même avant en France, ont été source de nouvelles questions sur les relations entre la démocratie et la religion. En Belgique comme en France, nous avons été frappé par des dérives sectaires couronnées par des suicides collectifs qui ont appelé des réponses des pouvoirs politiques, en vue de la protection des citoyens. Je pense tout de même qu’il ne faut pas faire d’amalgame entre ce que j’appellerai les religions officielles représentées par des autorités ou des conseils reconnus par l’état, et des groupuscules extrémistes sectaires qui mettent en danger la vie démocratique et la liberté des citoyens. De plus, la position prise envers les religions et les solutions juridiques étatiques ne peuvent pas être les mêmes en France et en Belgique, du fait de nos institutions politiques différentes. Les institutions françaises se sont dotées d’une loi de séparation des églises et de l’état, après avoir constaté que le concordat, signé par Napoléon et Pie VII en 1801 qui faisait jurer fidélité au régime en place et faisait des ecclésiastiques des fonctionnaires de l’état, ne fonctionnait plus. En 1869, Gambetta demande déjà l’abolition du concordat auprès de la chambre des députés et du gouvernement. En 1902, la rupture des négociations et de l’entente entre le Vatican et l’état français amène à nouveau la France à vouloir se désolidariser du pouvoir papal. Le 21 Mars 1905 débute enfin l’examen d’une proposition de loi déposée par Aristide Briand, rapporteur d’une commission chargée d’étudier la situation religieuse en France. Il est alors jeune député socialiste élu à Saint-Etienne depuis à peine trois ans, et ce débat va faire de lui un homme d’état qui couronnera sa carrière politique en étant nommé Prix Nobel de la Paix en 1926. Cette proposition de loi mettra fin au concordat sur l’ensemble du territoire français (le 9 Décembre 1905). A la fin de la guerre 14/18 qui restitue l’Alsace et la Lorraine à la France, l’Alsace-Moselle héritera d’un statut particulier. Ces deux régions vivent encore de nos jours avec les dispositions cultuelles et administratives particulières du concordat. La loi de séparation des église et de l’état fait naître un concept nouveau, propre à la France : l’idée de la laïcité. La laïcité signifie la neutralité de l’état en matière de religion. Elle permet à toutes les croyances de coexister dans un même pays. Elle donne le droit de pratiquer ou de ne pas pratiquer, d’être croyant ou non croyant. Elle donne aux français, par conséquent la liberté de douter. Mais un aménagement de cette loi a été nécessaire à la suite de plusieurs atteintes faites aux devoirs qu’elle impose. En effet, en 1989, les affaires dites du voile, crées par l’exclusion de trois jeunes filles portant le tchador dans un établissement public amène, dans un premier temps, le gouvernement français à réfléchir sur les remèdes à apporter pour que les atteintes à la laïcité et à la neutralité de l’école publique ne soient plus portées. Le 11 Décembre 2003, après que les pouvoirs publics aient tenté des négociations au cas par cas, la commission Stasi remet un rapport au Président de la République favorable à l’établissement d’une loi se rapportant sur les signes extérieurs et ostentatoires religieux. Le 17 Décembre 2003, le Président de la République Jacques Chirac se déclare favorable à l’enseignement du fait religieux dans le cadre scolaire (sorte d’histoire des religions). Le 15 Mars 2004, le port des signes religieux portant atteinte à l’école publique par leur caractère ostensible est interdit. En contrepartie, le ministère de l’intérieur responsable des cultes qui est alors dirigé par Nicolas Sarkozy, aide à la création du conseil du culte musulman et impose que les imams soient formés en France et en langue française. Voici comment la France tente de se sortir de ce guêpier religieux. Elle légitime les religions du plus grand nombre et sanctionne les dérives sectaires qui ne respectent pas les droits de l’homme. Aujourd’hui comme hier, l’état est garant de la liberté de chacun et la laïcité est devenue notre bien commun. Ceci est du à la structure centralisée du pouvoir français en matière religieuse qui reste sauvegardée malgré le vote de la décentralisation des pouvoirs pour tous les domaines non régaliens de l’état, par Jean-Pierre Raffarin.
Après avoir détaillé la situation politique et religieuse de la France, je souhaite maintenant revenir vaguement sur celle de la Belgique, en m’appuyant de temps à autre sur votre texte, ne connaissant pas exactement les positions du royaume belge sur cette question. C’est sans doute pour cette raison que j’ai entrevu deux problématiques bien distinctes dans votre écrit. Vous liez la résolution de problèmes religieux à la résolution de problèmes politiques que je ne mettrai pas sur le même plan. En ce qui concerne la structure politique de la Belgique, c’est un royaume constitutionnel de type fédératif. Je ne sais pas si le roi détient son pouvoir de droit divin ou si la notion de détention du pouvoir est séparé de la croyance. Mai en vous lisant, j’en ai déduit que la séparation des églises et de l’état était franche. Les institutions fédératives de la Belgique donnent la possibilité au gouvernement fédéral de voter des lois cadre souples qui permettent l’expérimentation de vie communautaire ou sociale locale ; mais comme vous le décrivez bien dans le texte, le problème est de pouvoir cerner les interlocuteurs qui connaissent le dossier réellement et qui sont des représentants valables et assidus. La démocratie délibérative belge que l’on nomme volontiers en France une démocratie participative, n’est possible que par le fait que les institutions politiques de la Belgique sont fédérales. D’autre part, le problème que vous soulevez de la pane de rationalité de la démocratie délibérative belge est peut-être due à des pressions communautaires ou à des groupuscules ou encore des lobis qui s’appuient sur cette structure fédérative, pour obtenir de l’influence. Le modèle français est plus difficile à déstabiliser du fait que la gestion du pouvoir religieux reste centralisé. De plus, les expérimentations locales qui mettent en avant la démocratie délibérative ou, comme je la nomme, la démocratie participative, est difficile à mettre en œuvre en France. Mais, je pense que cette démarche est positive pour toutes les autres initiatives qui ne sont pas religieuses, car elles ont pour caractéristique de faire appel à la part d’irrationnel de chacun. De ce fait, les croyances religieuses doivent rester dans la sphère privée du moment qu’elles ne portent pas atteinte aux droits de l’homme et n’enfreignent pas les lois de chaque état. Mais en France comme en Belgique une des difficultés les plus importante que rencontre notre civilisation européenne est le désintérêt des citoyens pour la vie publique et le pouvoir politique.
Comme vous le dites, une des solutions pour réhabiliter la politique est l’apprentissage de la citoyenneté par des initiatives locales qui forment des groupes d’intérêts communs, ceux-ci pouvant ensuite réintégrer le système politique global.
Ce processus ne peut, d’après moi, être valable pour la question religieuse, car elle fait appel à des caractères irrationnels et culturels pour chaque région. La religion doit donc rester une affaire privée, et chaque individu doit respecter les lois dictées par son état. L’adaptation des croyances de chacun devrait se faire en fonction de la société où il vit. Les religions ne doivent pas être un carcan pour l’homme mais, au contraire, lui donner des repères et l’aider à se libérer de la tyrannie et de la violence ainsi que de l’intolérance des hommes. Tout autre interprétation peut être considérée comme une hérésie et marque l’échec des hommes et du modèle de société qu’ils veulent créer pour vivre ensemble.
Les attentats du 11 Septembre 2001, sous couvert de la religion, ont sans doute été provoqués non pas par un malaise entre les civilisations mais plutôt par l’exploitation de l’homme par l’homme. La question principale de ce texte est certainement : y a-t-il incompatibilité entre la démocratie et le pouvoir religieux ? Les trois religions du livre, qui sont le christianisme, le judaïsme et l’islam, sont des religions qui prônent la tolérance et doivent amener l’homme vers la perfectibilité. Comme tout texte, différentes interprétations sont possibles et c’est, sans doute, l’homme qui les a perverties. L’humanité n’a pas su les interpréter et les adapter à notre modernité. Et enfin, le pouvoir religieux prend de plus en plus d’importance dans nos sociétés du fait de la perte d’influence du pouvoir politique sur l’évolution du monde. Aujourd’hui, c’est le marché qui dirige le monde et les politiques ont difficilement une prise sur ce mode de fonctionnement. Les sociétés anonymes, qui se ragrandissent par fusion et acquisition d’autres entreprises, poussent l’être humain à une consommation débridée. C’est ce consumérisme, qui appauvrit les ressources et les matières non renouvelables de notre planète, qui nous fait courir à notre perte. C’est ce consumérisme lié à notre époque, que vous énoncez dans votre texte, qui provoque la faillite de la société matérialiste et qui amène l’homme à vouloir se raccrocher à des valeurs spirituelles pour continuer d’espérer et pour se donner une ligne de conduite.
En conclusion, on peut dire que la panne de rationalité dans les démocraties délibératives peut être combattue par la séparation de la question politique et de la question religieuse. Je pense que la faiblesse de la Belgique est sa structure fédérative. D’autre part, ce problème d’intégration des nouveaux cultes religieux ayant lieu un peu partout en Europe, ne serait-il pas nécessaire de trouver des compromis au niveau européen, ce qui remettraient en scène les institutions européennes pour revaloriser leur fonctionnement après l’échec de la ratification de la constitution. Le gros travail des démocraties européennes ne serait-il pas, plutôt que de s’occuper des problèmes religieux, de réhabiliter leurs systèmes politiques et judiciaires ? Le renouvellement des classes dirigeantes et la mise en avant de la démocratie participative tenant compte des votes des citoyens par référendum d’initiative locale, qui aujourd’hui n’ont aucune valeur juridique (en France, tout du moins), pourrait relancer l’intérêt pour la politique. Ce processus serait, pour moi, l’un des meilleurs moyens pour faire barrage aux extrémistes de tout ordre, qu’ils soient religieux ou politiques. De plus, il faut que les citoyens de toute catégorie sociale prennent conscience que eux aussi ont un rôle à jouer dans la politique de la cité (leur nation) et au niveau planétaire, car la terre, qui s’épuise peu à peu de ses ressources naturelles, est notre village commun, et elle garantit la survie de tous et celle des générations futures. Pour terminer sur un jeu de mots, puisque ce texte traite du problème religieux, les difficultés qui s’annoncent ne peuvent pas se régler par des querelles de clocher.
Stéphane De Bona
Je suis Auteur Essayiste. Handicapé infirme moteur cérébral depuis la naissance, je ne devais pas être capable de faire des études. Pourtant, à force de volonté, j’ai réussi à passer mon bac en administration (STT aca) et fait un essai infructueux en psychologie. Je me suis alors tourné vers la philosophie : c’était la matière que j’avais choisie en option. Instituée par la réforme Universitaire de François Bayrou pour la première année de DEUG, cet amendement m’a permis de trouver ma voie. Ma nouvelle passion et la bonne ambiance de travail amical m’ont amené à obtenir mon DEUG de philosophie assez facilement. D’autre part, le mouvement associatif en philosophie a créé des liens entre les étudiants et les professeurs qui nous ont poussés, par la suite, à nous battre pour l’ouverture d’un second cycle. Notre petit groupe soudé a du faire un détour, pendant un an, en ethnologie avec une option philosophie, en attendant avec impatience de retrouver nos premières amours. Ce petit éloignement n’a pas été dépourvu d’intérêt : il nous a fait découvrir une discipline complémentaire de la philosophie. Je suis aujourd'hui, titulaire de deux maîtrises : une en philosophie et l'autre en ethnologie (étude des rites et coutumes des différents peuples de la planète ou d'une région). Je suis également à l'origine de la création de la revue de philosophie de METZ "Le Jardin". J'aime la politique et la finance. Je souhaite faire de mon blog, un lieu de débat. Il a pour but d'ouvrir plusieurs pistes de réflexions sur des questions publiques qui engagent l'avenir de la société Française et Européenne. Je donnerai également chaque dimanche des conseils boursiers qui, j'espère, seront "des coups de génie".